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Voix

Dans l’atelier du peintre

dimanche 20 juillet 2014, par Sylvie Terrier

Voix

Dans l’atelier de Charles Cham, elle entend, une voix...

JE VEUX VOUS PARLER DE MA VOISINE...
Sur un mur jaune, une succession de petits cadres carrés et géométriques. Des masques longs et fins, à l’endroit, à l’envers, 2 Bleus - 2 Rouges ; 1 Jaune - 1 Noir ; 4 Jaunes- 4 rouges ; 3 Bleu ; 3 Jaunes... Un jeu de masques où toutes les permutations deviennent possibles parce que ce jeu s’appelle liberté. Parce que ici tout est un et multiple, miroir d’un nous même renvoyé à l’infini et qui dirait, à l’endroit comme à l’envers, dans toutes les langues du monde : tous les hommes sont libres et égaux ; dotés d’une raison et d’une conscience qui fait qu’ils devraient agir les uns envers les autres avec fraternité.

MON CHER MONSIEUR JE VOUS AI VU...
Une mère indienne passe devant la porte grande ouverte de l’atelier accompagnée de ses deux fillettes. Frange courte et nattes ornées de rubans, les enfants, pourtant d’âge différent se ressemblent étonnamment. La maman porte un gros cartable sur le dos. Dans son ventre, un troisième enfant.
Un autre écolier, chinois, en costume bleu et blanc s’arrête à l’abri de l’atelier pour laisser passer les voitures. Trop de trafic dans cette rue aujourd’hui ! Ses baskets blanches forment comme deux tâches de lait sur la verdure du parvis.

DANS LA VIE IL Y A DES CACTUS, AIE ! OUILLE !
Une voiture V W jaune démarre dans un bruit de tracteur. Elle est aussi jaune que les murs de l’atelier, on dirait qu’elle lui a volé sa couleur. A son bord, une femme malaise au profil de poisson.

SI TU ETAIS COMME LA MER
Deux européens pénètrent dans la boutique, aspirés par les couleurs, sur leur peau claire, l’orang outang pose un grand coup de bonne mine. La femme parle français. J’engage la conversation, ils sont canadiens, en croisière. Elle hésite quant à la taille du T-Shirt qu’elle voudrait ramener à son petit -fils. Je lui propos mon aide, le petit-fils canadien a le même âge que Paul, mon fils.
Des T-shirts dans l’atelier du peintre ? Oui, car Charles pratique aussi l’ART to wear, L’art à porter. Alors, face aux tableaux, on trouve des étagères noires où sont soigneusement pliés et empilés une centaine de t-shirt, une trentaine de modèles différents. Pas besoin des les déplier, ils ont été installés dans de petits cadres carrés, qui forment sur le mur jaune un grand damier de couleurs et de messages. Une manière artistique et non violente de militer.

LAISSE MOI T’AIMER
Et ils sont arrivés, mes enfants Paul et Zoé, leur carnet de dessin à la main. Se sont installés dans les fauteuils en osier. NO PHOTO dit une minuscule affichette, car Charles a déjà trouvé des copies de ses T-shirts au marché des contrefaçons. Les enfants eux ont juste besoin de leurs yeux. En quelques traits de craies grasses ils réalisent des masques, posent la couleur, reproduisent l’envers et l’endroit, le miroir renversé, le yin et le yang. Par la force de leur jeunesse, par leur créativité ils captent, assimilent le message des formes premières, l’émotion des couleurs.

Paul dit :
— Il a gardé tout ce qui était inutile et il a rajouté quelque chose que personne ne peut imiter pour faire germer de nouveaux tableaux.

UNE VALSE A CENT ANS
Ca y est !! J’ai compris pour quoi je divague, pourquoi mes mots d’écriture s’accrochent à d’autres mots. On me vole mes mots. Jaques Brel, Antoine, Charles Aznavour, Françoise Hardy, ils sont tous là, à célébrer l’amour et la poésie. A chanter dans l’atelier de Charles, à faire danser les masques. Car à notre grande surprise Charles Cham parle français. Comment l’a-t-il appris ? En écoutant des chansons françaises, répond-il, riant avec les yeux.

MON MERVEILLEUX MON TENDRE AMOUR
Avec cette chanson, Je ne peux plus rien écrire, qu’écouter. Et admirer Jacques Brel, sa tendresse, sa faculté à saisir l’ambivalence de l’être humain, ses cotés tendres et terrible. Son écriture : un couperet dans une main de velours.


Voir en ligne : Charles Chang