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2005 : Cyclo-pousse

Inde, Madurai

samedi 26 juillet 2014, par Sylvie Terrier

Ils sont longs et maigres, tout en jambes, nus pieds, le dhoti remonté à mi-cuisse pour ne pas gêner le pédalage, les conducteurs de cyclo-pousse, les premiers taxis de Madurai.

Aujourd’hui la concurrence est rude, entre eux d’abord puis et surtout vis à vis des rickshaws à moteur. Les clients exigent la rapidité et les distances à parcourir ne cessent de s ’allonger.

Le cyclo-pousse est lent et lourd à manier. Tout l’inverse des véhicules à moteur qui
requièrent une conduite sèche et nerveuse et démarrent en un tour de clef. Le cyclo-pousse a besoin de plusieurs mètres pour se lancer et ensuite, à la moindre bosse il perd tout son élan, il faut tout recommencer.

Le cyclo-pousse n ’a pas même pas de klaxon. A la différence des rickshaws qui s’entendent à des lieux grâce à leur pet sonore. Lui ne possède qu ’un câble qui émet un claquement plat sans personnalité. Les cyclo-pousse ? Une sous caste dans la famille des taxis. Plus guère utilisés que pour transporter les enfants à I ’école où conduire une vieille femme au marché.

Ils ont pourtant de belles couleurs, à la différence des moto-rickshaw uniformément jaune et noir et appartiennent à leur chauffeur C ’est pourquoi pas d’uniforme kaki, ils ont la liberté pour eux.
Mais la liberté ne paie pas.

Ram se souvient des belles journées qu ’il se faisait lorsqu ’il promenait autour du temple Meenakshi les couples de touristes impressionnés. Comme un tour de manège, il tournait autour du temple dans la poussière et la lumière tremblante. La lenteur du cyclo-pousse permettait de prendre des photos sans qu ’il ait besoin de
s’arrêter. Aujourd’hui, les touristes ne sont plus romantiques et viennent en bus accompagnés d ’un guide. Les cyclo-pousse tournent à vide, désœuvrés, faméliques.

Car le pire est bien cela, rester à l’arrêt, mettre pied à terre. Le vélo perd son âme. Il ressemble à une vieille carcasse abandonnée. Il se fond dans la poussière, dans la couleur des devantures. Il est absorbé par la rue.

Le vélo rickshaw doit avoir des jambes, c ’est pour cela que les hommes ne s’arrêtent jamais. On les voit passer sans cesse, ils tournent, tournent, à vide, de leur mouvement dépend leur survie.

Ils sont pourtant le moyen de transport le meilleur marché, la course coûte la moitié de celle d’un moto rickshaw. Dix roupies pour aller au temple. Et ils sont prêts à tout pour travailler.

Aujourd’hui, alors que nous débarquons avec nos énormes sacs, ils acceptent la course. Nous sommes quatre, deux enfants et deux adultes. Nous attendent le temps que nous voulons sans charge supplémentaire. Ils acceptent de transporter cinq énormes valises. Ils replient la capote et dans cette malle improvisée tout parvient à rentrer.

Mais du coup le vélo pèse une tonne, l ’homme n ’avance plus. Il reste en suspens sur ses pédales. Il fait signe de ne pas s ’inquiéter. Il va y arriver. Descend de sa monture, pousse pour prendre un peu d’élan, saute sur sa selle. Ses jambes ne sont que muscles, du bois poli et dur, ses pieds nus, deux palettes.

Il remonte en permanence son dhoti qui tombe sous I ’effort. Essuie son visage qui ruisselle de sueur. Maintenant sa chemise est trempée. Il s ’éponge. Il pédale, il remonte son dhoti. Son dos se courbe encore plus. Voilà on pn regrette de s ’être assis dans ce cyclo, d’avoir accepté la course, d’imposer à cet homme un tel effort. On lui propose de descendre. Mais il refuse tout net.

Et on arrive. L ’homme nage dans une flaque de sueur, il a gagné sa course.
On lui donne le double. Il embrasse les billets, les porte à son front et sourit.

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