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2006 : Ahmedabad, Inde Gujarat

Retour en Inde

lundi 10 juillet 2006, par Sylvie Terrier

Des nouvelles de Bibliothèques autour du monde.

Notre tour du monde s’est achevé fin août 2005 et par la même la rédaction des articles de Bibliothèques autour du monde. Nous nous sommes installés dans le midi de la France, les enfants ont repris le chemin du collège et je suis redevenue bibliothécaire sédentaire, enfin pas tout à fait, car je me suis lancée dans la création d’une médiathèque et cela est aussi une aventure...

Je remercie tous ceux qui m’ont écrit et encouragée à écrire ces chroniques, merci aussi à tous les lecteurs silencieux et anonymes qui ont partagé cette aventure sans pour autant se manifester.

Voyage quand tu nous tiens...

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Groupe de Rajastanais, Mont Abou

En avril 2006 je suis retournée en Inde, à New Delhi d’abord puis à l’ouest dans les états du Rajasthan et du Gudjarat. Le temps de saluer les collègues du FIRC dans une capitale écrasée de chaleur (43 degrés), puis de sauter dans le train express pour gagner Ajmer, Pushkar, Udaipur, Mont Abou, progresser plus au sud vers l’état du Gujarat, en direction de Palanpur, résider à Ahmedabad, Buhj au bord du désert du Kuch et puis de là retourner vers Jaisalmer après 14 heures de bus. Ensuite, remonter vers Pokaran, Jodhpur, Ajmer et Delhi à nouveau.

De ce périple de 15 jours, je vous parlerai de deux découvertes :
-  La bibliothèque de l’Alliance française d’Ahmedabad, ville principale de l’état du Gujart
-  La bibliothèque de Bhadaria Mata, une incroyable bibliothèque souterraine cachée dans le désert entre Jaisalmer et Pokaran.

Le livre est partout présent en Inde, dans la rue à même le trottoir, dans chaque gare et bien sûr dans les libraires, des boutiques parfois pas plus grandes qu’un placard. Les livres, poussiéreux et prématurément usés sont empilés les uns sur les autres au fur et à mesure de leur arrivée. Sans l’aide et la mémoire du libraire difficile de s’y retrouver.

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Libraire à Old Dehli

Les librairies sont ouvertes tous les jours, y compris le dimanche. L’Inde s’instruit et le prix des livres ne dépasse guère quelques euros. On remarquera toutefois qu’il s’agit la plupart du temps d’ouvrages scolaires et universitaires ou bien des romans populaires : on attend avec impatience la traduction en français du best seller indien « A night @ the call center » de Chetan Bhagat.

L’Inde se développe à toute vitesse, pas un journal qui ne parle aujourd’hui de sa croissance, mette en avant son dynamisme. Tout comme la Chine, ces deux pays rivalisent dans le développement économique. Une classe moyenne émerge, avec de nouveaux besoins, attirée par le mode de consommation occidental.

L’Inde à la mode ? Les magasines, les journaux, les festivals parlent d’elle. Les femmes indiennes se lancent dans l’écriture, montent des sociétés, deviennent femmes d’affaires, s’épanouissent au travail. Le magasine Elle version indienne présente dans son numéro de mars une vingtaine de femmes chef d’entreprise, « ces femmes que l’on ne connaît pas mais dont on porte les créations ». Munbai (Bombay) et New Delhi reste les deux villes phares de cette « fashion évolution ».

Dommage que la littérature de jeunesse reste pratiquement inexistante. Un fait qui s’explique entre autre par la très grande variété des langues en Inde, au moins quinze ce qui entraîne une difficulté de production et une diffusion trop locale. Certains écrivains indiens, qui écrivent en anglais, sont parfois critiqués par leurs compatriotes qui dénoncent l’utilisation de la langue coloniale.

Depuis longtemps le livre s’est banalisé chez les étudiants. Chez les enfants par contre tout reste à faire
J’ai découvert à Delhi quelques maisons d’éditions pour la jeunesse et en m’aidant de l’annuaire des Editeurs étrangers du BIEF (Bureau International de l’Edition Française) voici ce que j’ai récolté : Frank Brothers &Co, Goyal Publishers ; Harper Collins ; Macmillan India ; Penguins Books India ; Pitambar.

Mais à ma connaissance, les deux plus intéressants Editeurs indiens pour la jeunesse se trouvent à Chennai (Madras) :
- Tara Publishing : www.tarabooks.com
Tel : +91 44 2240 1696
E-mail : sirish.nao@tarabooks.com

- Tulika : www.tulikabooks.com
Tel : +91 44 2498 1639

En route pour le Rajasthan !

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En route

Dans le train à ma droite est assis un homme d’une soixantaine d’année, la tête enrubannée de blanc. Le garçon de service nous apporte des thermos d’eau chaude et du thé, il fait très chaud malgré l’air conditionné. Je commence à lire mais la fatigue du voyage me saisit et me force à fermer les yeux. Je m’assoupis.

Il me semble que je rêve, emportée par un long chant qui m’entraîne par delà les déserts, monte et virevolte ... Je me réveille soudain, c’est mon voisin qui chante, une sorte de prière, il claque dans ses doigts, son chant monte, envahit le compartiment. Il me dit qu’il ne peut pas s’arrêter, chanter est sa passion (my hobbie, God bless you !). Il ne s’arrête qu’au moment de boire un thé. Le voyage dure 5 heures et je suis si fatiguée ! Je n’ose pas lui dire de chanter moins fort, c’est si rare un homme qui chante dans un train, un homme à ce point heureux.

Finalement il comprend, se lève et va s’asseoir cinq rangs plus loin. Et alors il se met à chanter à tu tête. C’est vrai qu’il ne peut plus s’arrêter...

Ahmedabad. 886 km de Dehli. Une ville dense, fourmillante, bruyante. La chaleur y est intense, impossible de visiter Jumma Massjid la plus ancienne mosquée de l’Inde, XIV siècle pendant la journée, les dalles sont insupportablement brûlantes.

L’Alliance française se trouve au calme d’un jardin, en face du Gujart Collège (université). Une église et de bâtiments de briques rouges puis sur votre droite un étrange bâtiment, moderne qui rappelle l’architecture de Le Corbusier. Je découvrirai un peu plus tard que Le Corbusier a réalisé à Ahmedabad, deux villas et un musée.
L’accueil est chaleureux, tout le monde parle français ! Et les livres tout de suite à portée de vue, des magasines, des livres d’art. L’Alliance fourmille d’étudiants, je ne peux visiter la bibliothèque car avant 10 heures elle est transformée en salle de cours. les ventilateurs tournoient, offrent une température naturellement douce, le directeur Alain Couturier discute avec les uns et les autres, attentif et présent.

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Bibliothèque Alliance Française, Ahmedabad

Je rencontre Palak, bibliothécaire, qui partage son à mi temps avec Chinta, rencontré en mai 2005 au CEDUST à Dehli.
- La bibliothèque est trop petite ! me dit la jeune femme en souriant. En effet les quelques 30 mètres carrés ne suffisent pas à contenir tous les ouvrages. K7 vidéo et DVD se trouvent dans une armoire fermée à l’extérieur de même que les livres d’art, rassemblés dans une belle armoire blanche. Les journaux et les magasines (Courrier international, Nouvel observateur, Première, Cuisine et vins de France, Spirou ...) partagent un mur avec la caféteria, le Monde du 15 avril titre « Dominique de Villepin s’est résolu à annoncer le retrait du CPE ».

La bibliothèque propose un fonds de 2500 livres ainsi que des vidéos, DVD et CD. Les livres sont rangés dans des armoires fermées à clefs. On trouve des documentaires, des BD, des romans, des livres en français facile (les plus lus par les étudiants), des livres français traduits en anglais. Un poste de télévison, un PC pour visionner des vidéos et consulter le catalogue, un poste pour écouter radio France.
Le fonds de livres d’art est important, l’Alliance en fait une de ses spécialisation du fait des œuvres de Le Corbusier présentes à Ahmedabad et aussi du NID (National Institut of Design), l’école de design la plus célèbre d’Inde.

Le prêt varie entre 1 jour pour une vidéo et un mois pour un documentaire ou un roman, 10 jours pour les livres en français facile.

A ma traditionnelle question : pourquoi les étudiants indiens apprennent-ils le français, la réponse est multiple :
-  Pour pouvoir immigrer au Canada
-  Pour étudier en France et entrer dans une école d’Art ou de design, à Paris de préférence
-  Pour devenir guide de langue française au Rajastan, première destination touristique de l’Inde
-  Pour travailler dans un call center

Les horaires enfin :
- Du lundi au vendredi de 10 à 18 heures
- Le samedi de 11 à 17 heures
- Le dimanche de 11 à 14 heures

Je quitte à regret l’Alliance. J‘y suis restée toute la journée. Merci à toute l’équipe pour votre accueuil chaleureux. A l’extérieur, entre la verdure et l’ombre d’un parasol, le directeur mûrit de nouveaux projets, il me salue d’un geste amical de la main.

Alliance Française d’Ahmedabad
Ellisbridge, Ahmedabad 380006
Tel : (+91) 26 40 15 51
Site web : www.afindia.org/ahmedabad
E-mail : afahmedabad@sancharnet.in

Suite du voyage à lire dans l’article "Une bibliothèque dans le désert".

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Lecteur du matin, Udaipur