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2005 : Madurai, Inde du sud

Sous la protection de Meenakshi

dimanche 11 juin 2006, par Sylvie Terrier

La Bibliothèque Victoria Edward Hall
et la bibliothèque publique de Madurai

Madurai est une ville bruyante et commerçante, particulièrement épouvante en mars et en avril, mois les plus chauds de l’année. Elle est célèbre pour son temple, le Meenakshi Temple, pas moins de onze tours dont quatre gigantesques gopurams sculptés qui semblent garder la ville,tels d’invincibles colosses.

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Madurai

Quand vous franchissez le portaile de fer de la Victoria Edward Hall Library, tout près de la Gare centrale, vous pénétez dans un autre monde, paisible et calme. Sous un préau frais et aéré, de grandes tables et des chaises avec accoudoirs vous attendent. Impossible de résister à l’envie de vous asseoir, le journal du jour entre les mains.
Votre voisin de doite vous sourit.
Le temps s’arrête. Vous êtes bien.

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Lecture en plein air

La Victoria Edward Hall Library est une bibliothèque privée. Elle est réservée à une élite de retraités dont la plupart sont professeurs, avocats ou docteurs.
Ses financeurs sont des commerçants, réunis en Comité.

La Bibliothèque joue un peu le rôle d’un Club. Elle se trouve dans une grande bâtisse blanche qui comprend également un théâtre, un cours de tennis, une salle de jeux (carambole, échecs, tennis de table).
Le dimanche, une foule de femmes se presse devant les portes grandes ouvertes du rez-de-chaussée, la consultation médicale est gratuite de même que la distribution de médicaments.

Adresse :
31-B West Yeli Street
Madurai - 625001
Tamil Nadu India

La bibliothèque date des années 1902, on me dit que c’est la première bibliothèque de Madurai. Ses fondateurs, furent le Raja, le Trésorier municipal, des collons anglais et des notables indiens. Gandhi y est passé en 1921 de même que le Premier Ministre Néhru, une collection d’ouvrages sur ces deux hommes est d’ailleurs disponible.
Aujourd’hui, la bibliothèque fonctionne selon les mêmes principes. A sa tête un Président, un secrétaire et un Comité de 10 membres.

Je suis reçue avec beaucoup d’égard par le Secrétaire, un Monsieur digne et imposant qui après un verre de thé me confie aux mains du bibliothécaire, un homme âgé, maigre et pieds nus. La différence de classe est frappante. Je suis un peu effrayée par la qualité de l’anglais de mon collègue qui risque de rendre la conversation difficile. Mais N. Ramaraj me sourit et m’invite à le suivre.

La bibliothèque me fait penser à une caverne d’Ali Baba. Des livres partout, sur une hauteur de trois mètres cinquante, des armoires vitrées bondées, des fichiers poussiéreux, des livres posés en pile prêts à s’effondrer, l’ensemble recouvert de poussière. En quelques secondes, je suis en sueur. Je propose à mon interlocuteur de nous asseoir et d’actionner les ventilateurs, lui bien sûr a l’habitude de ces conditions vétustes, il travaille ici depuis 24 ans.

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Bibliothèque Victoria Edward Hall

Il est frappant de constater combien l’Inde est un pays de l’écrit, combien le livre représente la mémoire et la connaissance. En Inde on garde, on accumule, on ne jette rien. Malheureusement les conditions de conservation sont déplorables. Avec la chaleur, les insectes, le manque total d’entretien, les livres s’abîment très vite.
Ils ont toutefois le mérite d’être là, à votre portée, comme un trésor. Certains n’ont pas été ouverts ni même touchés depuis soixante ans. La mémoire du bibliothécaire est capitale.

Pénétrer dans une bibliothèque en Inde c’est comme entrer dans un temple, vous avez l’impression de plonger dans l’épaisseur du temps, dans quelque chose de sacré. Paradoxalement, rien n’est entrepris pour conserver ce patrimoine, le préserver. Comme si les livres avaient pouvoir d’immortalité.

Pas de classification Dewey dans cette bibliothèque. On retrouve la même classification qu’à la bibliothèque publique de Trivendrum, « the Colon Classification » du Docteur S.R. Renganathan.
Le fait que les livres ne portent pas d’étiquette (et encore moins de couverture), a poiur cons&équence que le classement s’organise d’abord en fonction de la langue, livres en anglais à gauche, livres en tamoul à droite puis en fonction du genre : littérature, philosophie, mathématiques, informatique... Les genres les moins représentés sont les arts et la géographie.
La section en langue tamoul correspond à environ 25% du fonds.

Précisions :
- Le fonds comprend environ 60 000 ouvrages, aucun document sonore ni de jeunesse.

- 150 titres de périodiques, 25 titres de journaux (en anglais et en tamoul).

- Le prêt est réservé aux membres. L’adhésion coûte 60 roupies par an (un peu plus de 1 euro). Il y a quatre types de membres : les ordinaires, les membres à vie, les réguliers, les associés. Au total 2500 usagers.

- Le budget annuel est de 100 000 roupies par an, soit 2000 euros, ce qui représente une belle somme. Les livres sont choisis par le Comité et le bibliothécaire. Ils sont achetés à Madurai où se trouvent de nombreuses librairies, certains par correspondance à Madras.

- Heures d’ouverture :
Tous les jours ! Le matin de 8h30 à midi, seul le préau pour magazines et journaux fonctionne. Il est ouvert à tous, membres et non membres.
L’après midi de 16 à 20 heures est réservé aux membres exclusivement, avec accès à la bibliothèque, au service de prêt, à la lecture des magazines et des journaux sous le préau.

Pour conclure :
J’ai noté pour vous les titres des dernières acquisitions :
Living to tell the tale/ G.Garcia Marquez
Fondation Empire/I.Asimov
Against Nature/Huysman
Collected essays/N.M Srinivas
The complete stories/F.Kafka
Testament Betrayed/M.Kundera
Dubliners/J.Joyce
Total liberty/ J.L. Borges

Et parmi les “vieux livres » de la section littérature (en traduction anglaise bien sûr), un fonds étonnant : M. Gorky, Herman Hesse, Chateaubriand, Shakespear, M. Mishima, Saint Exupéry, Colette, Simenon, Zoé Oldenbourg, Jane Austen...

Un panorama mondial dans une bibliothèque « à l’indienne » où le fonds l’emporte sur la forme, la hiérarchie sur la connaissance bibliothéconomique, la gestion à court terme sur l’organisation.

The District Public Library
La bibliothèque publique de Madurai
.

Pour aller à la bibliothèque publique, je prends un rickshaw. Le chauffeur n’hésite pas un instant quant à la direction et me dit qu’il connaît bien l’endroit.

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bibliothèque publique de Madurai

Dix minutes plus tard, il me dépose devant une bâtisse à l’allure administrative et me propose même de m’attendre. Très à l’aise, il pénètre dans la salle de lecture et debout devant un lutrin se plonge dans la lecture d’un quotidien.
La salle est bondée, plus une place assise, les ventilateurs tournoient, l’ambiance est calment et receuillie.
Comme toujours je suis bien reçue. Et faire des photos ne pose aucun problème. Au contraire, les indiens sont honorés quand vous leur proposez de poser sur un cliché.

Pas de guide de l’usager ni de brochure dans cette bibliothèque mais le prêt est informatisé. Pas de codes à barre, les numéros sont rentrés à la main, les cartes de lecteurs conservés à l’accueil.

Adresse : 33-34 Thiruvika Salai
Simmakal
Madurai - 625001
Tamil Nadu India

E-mail : Chankar7@rediffmail.com

Description :
- Fonds : 150 000 ouvrages

- Nombre d’usagers : 36188

- Une grande salle pour la lecture de périodiques au Rez de chaussée : 450 passages par jour ! Sont disponibles : 6 journaux en Anglais et 14 en langue tamoule ; 6 magazines en anglais et 15 magazines en langues tamoule

- Une salle de prêt au rez-de-chaussée.
A droite les collections en langue tamoul, des livres fins, serrés, dos reliés bleu ou rouge. Impression de total immobilisme. A gauche, les collections en anglais, en fait un joyeux mélange des deux langues.

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Collection de livres en tamoul

- Une salle au premier étage pour les ouvrages de références, des livres universitaires en majorité. La plupart des livres sont en anglais. Point fort l’informatique.
Les livres sont gnéralement en bon état et récents. Toutes les matières représentées. Cette section est fréquenté essentiellement par des étudiants.

Les livres sont achetés en majorité à Madras.

- Tout à fait à part, une toute petite section pour les enfants (une seule étagère avec de très vieux livres en tamoul et en anglais), quelques petites tables et chaises. Une personne pour l’accueil. Aucun usager. Le reste de la section est rempli d’étagères où est entreposé le trop plein des ouvrages de référence.
On trouve quelques livres pour la jeunesse dans les collections de référence adulte.

- Heures d’ouverture : tous les jours de 8 à 20 heures sans interruption y compris le dimanche, fermé le vendredi.
- Condition d’inscription : 60 roupies pour 1 an (1.10 euro). Nombre de livres par prêt : 3. Durée du prêt : 2 semaines.

Petite information intéressante :
Salaire mensuel moyen d’un bibliothécaire
Grade 1 = Cadre C : 5500 Roupies (100 euros)
Grade 2 = Cadre B : 7500 Roupies (150 euros)
Grade 3 = Cadre A : 10500 Roupies( 210 euros)
Age de la retraite : 55 ans

Il est 17 heures, la nuit est tombée sur Madurai, brutale. Il fait enfin un peu moins chaud. C’est le moment idéal pour aller vous ressourcer au temple Meenakshi. En passant arrêtez-vous à la boutique N.S. Coffee Shop, à l’angle de la rue West Masi et de la rue West Tower. Vous y boirez un délicieux café au lait, il est fait avec le café des collines de Salem et du bon lait de ferme.

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marché nocturne à Madurai