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2005 : Berkeley. Californie, Etats-unis

La lecture dans tous ses états

dimanche 18 juin 2006, par Sylvie Terrier

The laundry

Un endroit original pour lire ? Le lavomatic (laundry en américain), sur Télégraph avenue.

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Telegraph Avenue

La laundry est tenue par des Chinois mais cela ne nous étonne plus depuis que nous lisons Lucky Luke. C’est un endroit où l’on vient laver et sécher son linge pour une somme très modique (1 dollar et demi). Et bien que les machines soient performantes et rapides, c’est un endroit où l’on attend. Alors pourquoi ne pas passer une petite demi-heure à lire ? Tout est organisé pour vous.

Vous trouverez sur place, en consultation libre et gratuite :
- Les principaux journaux de la baie, SF weekly ;The Guardian ; East Bay express, Berkely daily planet, Bay Aréa SF chronicle ...vous pourrez même en ramener quelques-uns chez vous car tous ces journaux sont gratuits.
- Les petites annonces classées de l’hebdomadaire Classified Flea Market. Pour acheter une nouvelle voiture ou vendre votre vieille Buck.
- Un journal chinois
- La lettre de diffusion officielle du mouvement national maoïste.

Pour des lectures plus légères, les propriétaires de l’établissement vous offrent, rangés dans deux panières en plastique, une trentaine de magazines. Vous trouverez forcément un sujet qui vous intéresse entre le sport, la vie domestiques, l’esthétique, la technique, la presse people ou les magazines féminins (Vogue, Marie Claire, Family circle, Woman’s Day, Orgnanic Style...), de quoi occuper les deux sexes. Car le Lavomatic est fréquenté aussi bien par les femmes que par les hommes : vieux garçons, sans abri, étudiants, anciens hippies, mères de famille, il y a ici un échantillon complet de la société américaine.

Pour ceux qui n’ont pas la patience de feuilleter des magazines, une mini bibliothèque est à leur disposition.
Baptisée free books, elle propose un petit choix de romans policiers ou sentimentaux et quelques documentaires tel cet un ouvrage sur la gestalt thérapie. L’intérêt de cette bibliothèque est qu’elle est tournante. Un livre vous plaît ? vous pouvez l’emporter. Cet autre s’ennuie sur les étagères de votre domicile ? Vous pouvez l’emmener et le déposer ici dans la juste loi de l’échange. A Berkley les livres circulent. Il n’est pas rare d’en trouver devant les maisons, joliment rangés dans un petit carton. Les livres attendent d’être adoptés, ils sont souvent accompagnés d’un petit mot : « Free » (gratuit).

Vous n’avez plus envie de lire ? Alors peut être est-ce le moment de penser à votre courrier. Toute une panoplie de cartes postales publicitaires vous sont offertes gratuitement sur un présentoir mural. Mais attention, le stylo n’est pas fourni.

Fini pour aujourd’hui, la lecture ? Non. Vous avez encore les panneaux des petites annonces à explorer, on vous propose de partager une chambre avec deux autres colocataires, des cours d’anglais avec un professeur enthousiaste ou bien encore de participer à une manifestation le 6 juillet pour la commémoration de Hiroshima. Vous prenez l’adresse :
www. ProgressivePortal.org
Peut être irez vous fabriquer des lanternes pour la paix.

Voilà, avec tout cela, votre lessive est terminée depuis longtemps et vous n’avez pas vu le temps passer. Finalement cette laundry n’est pas tellement un lieu de rencontres et de discussion. Elle a plutôt l’allure d’une bibliothèque. On se surprend à chuchoter, à marcher sur la pointe des pieds. Chut... ne les dérangez pas, ils lisent !

L’affaire du RFID

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Affiche pour manifester contre la RFID

Comme pour la bibliothèque de San Francisco les citoyens de Berkeley se sentent très concernés par la culture et ses institutions. Ils n’hésiteront donc pas à montrer leur mécontentement voire leur hostilité quand les choix effectués par les autorités ne leur conviennent pas.

Et puis il ne faut pas oublier le passé militant de l’endroit, qui a gardé de beaux restes... Ainsi l’affaire du RFID, l’identification par radio fréquence, le nouveau système anti-vol installé à la bibliothèque centrale de Berkeley.

Des tracts annonçant une grande réunion de protestation invitent les citoyens à débattre de la question. Je m’y rends donc en ce 1er Août 2005. La salle est comble : je compte plus de 130 personnes !

A la tribune, 6 professionnels et un modérateur. Devant eux les citoyens de Berkeley, de tout âge, certains brandissant une pancarte fabriquée maison, sur laquelle on peut lire : "Books yes", "Spy chips no", ou bien encore "Protect our library", "stop RFID".

Au fond de la salle, des tables rondes recouvertes de nappes à petits carreaux rouge et blanc. Quelques personnes ont sorti leur casse-croûte, il est 18 heures 30.

Le meeting est filmé et enregistré.
L’organisation est parfaite, les règles connues et appliquées à la lettre par tous les participants.
- A la tribune les professionnels POUR la RFID : des scientifiques, des juristes, un commercial de la Société 3M qui démontre Power Point à l’appui l’innocuité du système.
- Dans la salle les opposants qui écoutent, sans intervenir.

Une fois les démonstrations terminées, les membres de l’auditoire se lèvent et forment une longue file centrale. Certains ont préparé un texte, d’autres improvisent. Ils sont tous CONTRE le système. Tour à tour ils prennent la parole, limitée par le modérateur à 2 minutes. Les questions sont consignées sur un paper board puis affichées au fur et à mesure aux yeux de tous.
Magnifique démonstration d’organisation démocratique... Il suffit de donner son nom avant de commencer, que l’on soit clochard ou fervent militant, la parole est libre.

Je suis stupéfaite par ce que j’apprends ! Ce comité d’opposition et d’autres encore, se battent depuis de nombreux mois contre la RFID, les articles de journaux disponibles à l’entrée en témoignent. En voici les principaux griefs :
- Trop cher ! Les citoyens préfèrent que l’argent serve à acheter des livres et de plus la décision et la validation de ce choix ont été faits sans leur consentement.
- Trop nocif ! Le système par ondes provoque le cancer, des maladies nerveuses pour le personnel, il est aussi nocif pour le public fragile : les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et les handicapés.
- Trop dangereux pour la vie privée ! Sur le patch, des informations personnelles sont inscrites et peuvent être « récupérées ».

Ce que demandent les participants ? L’arrêt immédiat de l’utilisation du système, certains allant même jusqu’à souhaiter le renvoi de la directrice...

20 heures 30, la réunion finit à l’heure prévue. Une nuit noire est tombée, chacun rentre chez soi. Quelques petits groupes restent à papoter sur d’autres sujets, se donnant rendez-vous pour d’autres réunions. La vie associative est intense.

Et vous lecteurs de Bibliothèques autour du monde, que pensez-vous du système anti- vol par radio fréquence ??

Impossible de quitter Berkeley sans passer au moins une journée entière dans les multiples libraires, de livres neufs ou d’occasion.

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Librairie sur Telegraph Avenue

La plupart des librairies sont indépendantes. Les heures d’ouverture font rêver ...

Petite sélection, il y a 41 libraires à Berkeley.

- Pegasus Books
2349, Shattuck Ave
Tel : 510-649-1320
Livres neufs et d’occasion. Section jeunesse.
Ouvert tous les jours 7/7 de 9 à 22 heures, dimanche 10-22 heures

- Cody’s Bookstore
2454, Telegraph Ave
Tel : 510-845-7852
Livres neufs et d’occasion, belle section jeunesse
Ouvert tous les jours 7/7 de 10 à 22 heures

- Moe’s Bookstore
2476, Telegraph Ave
Tel : 510-849-2133
Ouvert tous les jours de 10 à 23 heures
Achète en permanence tout genre de livres

- Shakespear & Co2499, Telegraph Ave
Tel :510-841-7455
Ouvert du lundi au samedi de 10 à 20 heures, 21 heures le vendredi et samedi

Pour connaître les autres librairies, connectez-vous sur le BIN : Berkeley Information Network : www.berkeleypubliclibrary.org/

Enfin pour prolonger le voyage, un peu de littérature anticonformiste.

Pour commencer :
- Jack London : Martin Eden ; Paroles d’hommes ; L’appel sauvage ; l’appel de la forêt ; L’amour de la vie...
Jack London est né à San Francisco et a étudié à Berkeley. Il a voyagé dans le monde entier, il est mort dans des circonstances restées floues à 40 ans.

Un site : http://sunsite.berkeley.edu.London. Vous trouverez en langue américaine presque toute l’œuvre de Jack London en accès gratuit.

Les auteurs de la Beat Generation : un quatuor
- Jack Kerouac (1922-1969) : Sur la route (Première édition 1957) ; Les clochards célestes ; Le vagabond solitaire ; Big Sur ; Satori à Paris ; Les anges vagabonds. Tous ces livres sont disponibles chez Gallimard, collection Folio. Moins connue est l’œuvre poétique de Kerouac : Mexico city blues, Editions Christian Bourgois.
Un site : www.tijean.freeserve.co.uk (en anglais)

- William Burroughs (1914-1997) : Junky ; Le festin nu ; Les garçons sauvages-Un livre des morts ; Interzone

- Allen Ginsberg ( 1926-1997) : « Howl », poésies ; Kaddish ; Cosmopolitan Greetings : Poems 1986-1992

- Neal Cassady (1926-1968) : n’a pas écrit de livre, mais a été le compagnon de route de Kerouac (Dean Moriarty, dans « Sur la route » c’est lui) et de Ken Kesey (auteur de « Vol au dessus d’un nid de coucou »). Grand consommateur de drogues, il était aussi reconnu comme un conducteur hors pair.

Trois livres encore à vous conseiller sur la Beat Generation
- La Beat génération, Edition Flamarion, 2005. ISBN : 2 080687824
- La Beat Génération : la génération hallucinée/Alain Dister ; Edition Gallimard (découvertes), 1997. ISBN 2 070534200
- Beat Generation : Glory days in Greenwich Village, 2002 ( En anglais) ;.Edition Schirmer Trade.

Et n’oublions pas la musique : Jimy Hendrix, Janis Joplin, Gratful dead...

« Les seuls gens vrais pour moi sont les fous, ceux qui sont fous d’envie de vivre, fous d’envie de parler, d’être sauvés, fous de désir pour tout à la fois, ceux qui ne baillent jamais et qui ne disent jamais de banalités, mais qui brûlent, brûlent, comme des feux d’artifice extraordinaires qui explosent comme des araignées dans les étoiles, et en leur centre on peut voir la lueur bleue qui éclate et tout le monde fait "Waou !" »

Jack Kerouac

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Eau et lumière