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2005 : Berkeley, Californie, Etats-unis

Un modèle de bibliothèque

dimanche 18 juin 2006, par Sylvie Terrier

Berkeley Californie.
Tout le monde connaît Berkeley à travers la renommée de sa faculté (fondée en 1868, 40 000 étudiants actuellement) et pour son long passé de protestataire.

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Un certain art de vivre

Berceau de la Beat Generation, des manifestations contre la guerre du Vietnam, de la musique et de la littérature (Kerouc, Burroughs, Ginsberg), Berkeley aujourd’hui n’a rien perdu de sa verve, les habitants militent pour la paix en Irak et n’hésitent pas à faire entendre leurs idées, l’affaire de la RFID, L’Identification par Radio Fréquence dans les bibliothèques en témoigne. Nous en reparlerons...

Vivre à Berkeley est une expérience unique. Nous avons loué pendant plus d’un mois et demi un quart de maison à quelques pas de Télégraph, une avenue célèbre pour ses librairies, ses vêtements indiens et autres boutiques (dé) branchées.

Vivre à Berkeley, c’est côtoyer des professeurs réputés à la table d’un café, puis découvrir dans un parc tout un campement de sans abri, sales et hirsutes, au regard perdu. C’est retrouver après 6 mois d’Asie les cappuccino, la nourriture organique et tous les produits que l’on aime, le fromage, la baguette croustillante, les olives de Nice, la moutarde, l’huile d’olive ainsi qu’un choix incomparable de fruits et légumes, tous délicieux. Mangues, papaye, pêches, abricots, melons, fraises, cerises, avocats, la liste n’en finit pas.

On mange mal aux Etats-Unis ? Oui, mais pas à Berkeley. Le quotidien se vit écologique. Nous trions nos déchets, les maisons sont en bois, un peu tordues, les jardins ne sont pas clôturés et poussent livrés à eux même dans une débauche de fleurs et de feuilles. Ah ! la petite maison bleue accrochée à la colline dont à jeté la clef, on y pense chaque jour...

Cependant la réalité se rappelle vite à nous. Pour vivre aux Etats Unis, il faut de l’argent. C’est parfois troublant car l’intégration se fait immédiatement, On ne vous considère pas comme un étranger, votre visage est comme celui de votre voisin, on ne s’étonne même pas de votre accent français, au contraire on vous apprécie d’autant plus. Avec vos enfants, vous êtes encore plus vite assimilés à la communauté. Mais si vous n’avez pas de travail, les choses changent. Et pour un travail il faut un visa et pour un visa il faut un travail. La boucle est bouclée. C’est à ce moment là que vous vous apercevez que vous n’êtes pas américain.

Les Etats unis sont remarquables en terme de bibliothèques. On leur doit non seulement le célèbre Melvin Dewey pour sa classification, inventée en 1876 et utilisée dans le monde entier, mais aussi d’avoir imaginé un modèle de bibliothèque unique car centré sur la communauté.

En effet une bibliothèque rassemble les individus d’âge, de langues, de classes socio- économiques différentes autour d’un même intérêt : les livres. En France, les bibliothèques ont tendance à mettre le point sur la culture et les loisirs, aux USA, leur mission est avant tout sociale et participative.
J’aime bien cette phrase, lue dans le journal « The Berkeley planet » écrite par une habitante, lectrice assidue de la bibliothèque :

“The Berkeley Public Library is one of the only institutions that any person can enter for free and walk away from richer”.
Traduction : La bibliothèque publique de Berkeley est l’une des seules institutions ou toute personne peut entrer sans rien payer et ressortir plus riche.

Le réseau des BM de Berkeley
Site web : www.berkeleypubliclibrary.org
Population desservie : 105 300 habitants.
Date de création 1893

Le mot médiathèque n’existe pas dans le jargon des bibliothécaires américains. On trouve cependant à Berkeley des documents audiovisuels (Vidéo, DVD, CD) mais les collections se concentrent en priorité sur les documents livres.

Les bibliothèques sont ouvertes tous les jours, sauf le dimanche. Toutes, même les plus modernes possèdent une cheminée, emblème de l’heure du conte. Les bénévoles (volunteers en anglais), nombreux font partie intégrante de l’équipe et s’occupent fréquemment des animations jeunesse (contes et histoires lues).
Le recrutement d’aide bibliothécaire se fait directement à la bibliothèque entre le 17 juillet et le 8 août cette année. Le dossier comprend un formulaire administratif et des questions ouvertes testant l’expérience et la motivation du candidat. L’emploi est un mi-temps, la rémunération entre 15.65$ et 18.32$ de l’heure.

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Bibliothèque centrale

Le réseau des bibliothèques de Berkeley est composé de 5 sites ( = branch)
-  Central library Shattuck
-  Claremont Branch
-  North Branch
-  South Branch + Toll Landing Library (Bibliothèque des outils, voir article)
-  West Branch

Horaires d’ouverture :
Centrale : lundi et mardi 12-20 heures
Mercredi à samedi 10-18 heures
Fermé le dimanche
Soit 48 heures hebdomadaires

Autres sites (=bibliothèques de quartier) :
Lundi et mardi : 10-18 heures
Mercredi et jeudi : 12-20 heures
Vendredi et samedi : 10-18 heures
Soit 48 heures hebdomadaire

Toutes les bibliothèques du réseau fonctionnent selon les mêmes règles et proposent les mêmes services.
A savoir :

- Inscription et prêt gratuit de tous les documents en quantité illimitée. Formulaires en anglais, espagnol et chinois.
- Durée de prêt 3 semaines sauf pour les vidéos et DVD 1 semaine. Pénalités de retard : 25 cents par jour et pour tous les documents sauf Vidéo et DVD : 2 dollars. Pas de pénalité de retard pour les enfants sauf vidéo et DVD : 2 dollars.
- Retard annoncé aux usagers par Internet, téléphone ou courrier.
- Enfants : Section spécialisée. Inscription à partir du moment ou l’enfant sait écrire son nom. Les enfants de moins de 14 ans doivent faire signer le formulaire par leurs parents.
- Adolescents 14-18 ans, section spécialisées. Tous supports + BD (= Teen service)
- Retour possible des documents dans n’importe quelle bibliothèque du réseau.
- Renouvellement et réservation possibles par téléphone ou Internet
- Internet en accès libre et gratuit (pas de filtre)
- Toutes les bibliothèques sont équipées pour accueillir des handicapés et proposent un service de livraison à domicile.

Enfin, deux organismes vous invitent à les rejoindre pour défendre les Droits de la bibliothèque :
l’Association « Les amis des bibliothèques publiques de Berkeley » et le groupe des bénévoles de la « Library Fondation » dont l’objectif est de lever des fonds privés pour soutenir financièrement la bibliothèque.

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Bibliothèque de quartier nord

North Branch Library

J’ai d’abord visité l’imposante bibliothèque centrale rue Shattuck, construite en 1930 et au long passé militant, puis une bibliothèque de quartier, la bibliothèque nord (North Branch library).

J’ai choisi vous parler de cette dernière parce qu’elle me semblait bien traduire la vie de quartier à Berkeley et aussi par ce que nous parlerons plus tard de la bibliothèque centrale avec « l’affaire du RFID ».

Il est facile de se garer dans l’une des rues adjacentes et de repérer cette grosse bâtisse rouge brique, de style espagnol avec son toit de tuiles rondes et son entrée un peu baroque. Entourée d’oliviers, elle vous cueille à l’angle de la rue, vous invite à emprunter l’un ou l’autre des escaliers latéraux et voilà, vous êtes entrés. Un amoncellement de journaux gratuits, de petites annonces, d’informations culturelles vous empêchent d’aller plus avant. Vous découvrez alors la première mission d’une bibliothèque à Berkeley : informer, échanger, faire lire.

A l’intérieur : l’accueil avec le bureau de prêts et de retours, les renseignements, les inscriptions. Un joyeux désordre règne derrière le bureau, encombré de caisses de retour de livres (du réseau), de livres à ranger, de dossiers et autres documents. A l’arrière, des bureaux toutes portes ouvertes et du personnel qui catalogue.

Une dame âgée en survêtement et sandales de sport m’accueille en souriant « what can i do for you ? » et me remet le guide du lecteur. Pour le reste, il n’est pas difficile de se repérer. La bibliothèque des jeunes se trouve sur la gauche, la bibliothèque des adultes sur la droite avec une sorte d’alcôve pour les adolescents. Près du bureau de prêt, 9 ordinateurs (rajoutés, la place commence à manquer), les collections de vidéo et Dvd sur des tourniquets et enfin les nouveautés.
Malgré la fréquentation importante, le calme règne dans cette bibliothèque, baignée d’une belle lumière naturelle.

La bibliothèque des enfants.
Un mobilier simple de bois sombre, tables rondes et chaises, un long pupitre pour lire les albums. On se croirait dans l’album de Boucle d’or et des trois ours du Père Castor. Dans le fond, la cheminée pour le temps des histoires et des contes. Et des livres, beaucoup de livres. Serrés, bien rangés et couverts.

Les albums (pictures books) sont classés par ordre alphabétique d’auteurs et rangés sur la tranche. Pour faciliter le classement une astuce : des étiquettes de même couleur par paquets de lettres par exemple auteur de A à D, étiquette bleue, auteurs de E à H étiquette jaune etc...
Tout ce qui est regroupé sous le terme Fiction est également classé par ordre alphabétique d’auteurs : les romans, classés en genre et un regroupement à part pour les paper book (les livres brochés). A part, les livres audio et les livres de références. Enfin, on trouve une collection très importante de documentaires, nommés Non Fiction (et pas documentaries) classés selon la classification Dewey limitée à 4 chiffres.

La bibliothèque des adultes.
Le mobilier est massif, une immense table commune de bois sombre, des chaises au dossier droit, une cheminée, on imagine facilement pouvoir organiser ici un superbe festin. C’est l’espace des périodiques, 112 titres à disposition, le dernier numéro à consulter sur place est placé dans une chemise.

Pour le reste, des étagères de 2 mètres, elles aussi très bien remplies proposent comme chez les enfants un choix de fiction et non fiction (documentaires). Les fictions adultes proposent des sous classement par genre : mystère, policier, roman d’amour, science-fiction. Un fonds de Bottins, de livres pour préparer les examens et des ouvrages en large vision sont également disponibles.
Parmi les documentaires, je remarque que quelques livres portent une étiquette jaune fluo : des livres pour les adolescents, les seuls ouvrages à ne pas se trouver dans la « Teen Room ».

La Teen Room = La section des ados (14-17 ans). Cette section existe dans toutes les bibliothèques américaines. Ici, elle paraît bien petite en regard de l’ampleur des collections et du public. La bibliothèque a été construite en 1936. Les collections sont organisées comme suit :
Fiction : sous classement SF et Fantasy
Graphic Novels = BD (essentiellement des mangas)
Fiction, nouveautés.
Un club de lecture est proposé aux adolescents : une copie du live est disponible gratuitement au bureau d’information. Les ados sont invités, une fois le livre lu à se rencontrer en compagnie de la bibliothécaire responsable pour en discuter (1 heure)

Il est 18H45, un grand-père, volontaire à ses heures, commence à dégager dans la section jeunesse un espace devant la cheminée. Le tapis est prêt, la petite chaise et la pile de livres d’images à portée de main. A 19 heures commencera la « Family story time » = la racontée d’histoire en famille, le rendez-vous hebdomadaire du jeudi. Une dizaine d’enfants et quelques parents assistent à l’animation.
Il y a aussi chaque jeudi à 11 heures des lectures pour les enfants de 3-5ans et chaque lundi à 10h15 des lectures pour les tout-petits (6 mois-3 ans).

Et pour les adultes ? Les animations consistent essentiellement en rencontres d’auteurs, projections de films et à 18 heures, deux fois par mois... la nuit du tricot (tous les classes d’âges sont les bienvenues).

" C’est la bibliothèque qui attire le plus de monde", me dit fièrement une bibliothécaire à voix basse.
Je suis admirative. Chacun ici semble savoir pourquoi il vient et comment utiliser au mieux les ressources disponibles. Des parents me sourient (un sourire cela ne fait pas de bruit), des habitués cherchent dans l’étagère des réservations si leur livre est arrivée. Le système fonctionne en libre service.
" Vous voulez vous inscrire ? ", me demande la jeune femme de l’accueil.
" J’aimerai bien ! Un peu plus tard" ...

Avant de quitter les lieux je suis une nouvelle fois surprise par l’esprit communautaire des habitants de Berkeley : une mini bibliothèque de livres défraîchis vous propose des ouvrages au prix de 50 cents pièce. Et aussi un échange de magazines : vous apportez votre ancien magazine (attention il doit avoir moins de 12 mois d’âge) et vous pouvez l’échanger, gratuitement contre un autre. Astucieux pour faire circuler l’information ou découvrir de nouveaux titres...

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Distributeurs de journaux