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2005 : Ursan, Corée du sud

Bibliothèques au pays du matin calme

lundi 19 juin 2006, par Sylvie Terrier

Notre voyage autour du monde se poursuit. Huit mois déjà se sont écoulés depuis notre départ de Strasbourg. Déjà usé quatre paires de chaussures, rempli trois carnets de notes, changé deux fois de sac. Les souvenirs s’accumulent, surtout des livres.
Nous les renvoyons par bateau, en courrier lent. Cela prend trois mois pour arriver en France.

Nos colis partent vers l’ouest, nous continuons vers l’est.

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Cérémonie du thé

Après la Chine, la Corée du sud. Une heure et demi d’avion seulement sépare Shanghai de Busan, la deuxième grande ville de Corée après Séoul, située sur la côte sud-est. Après la Chine, le « pays du matin calme » nous semble extraordinairement vert, paisible et coloré. Je cherche la foule des grandes villes et ne trouve que des rues désertes. Les marchés sont presque trop paisibles, il n’y a aucune bousculade, les vieilles marchandes, casquettes vissées sur leurs cheveux frisés nous sourient et nous interpellent, même si elles ne parlent pas un mot d’anglais.

L’activité de Busan provient de son port international, de la construction navale et de la fabrication de voitures. C’est aussi une ville de tourisme, qui attire les habitants de Séoul située à 420 kilomètres au nord, grâce à ses plages et ses spécialités culinaires comme les Sushimi, de fines tranches de poissons crus que l’on mange enveloppées dans une feuille de salade fraîche, accompagnées du traditionnel kimchi, du chou fermenté très pimenté.

En Corée, la nature est reine, elle couvre près de 70 pour cents du territoire ! Et la nourriture lui ressemble. On mange beaucoup de salades fraîches, de semi-conserves froides, toute une palette de feuilles, de racines râpées, de petits poissons séchés, de soupes claires au tofu ou aux coquillages.
Goûter à la cuisine d’un pays c’est déjà connaître un peu sa culture.

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Repas traditionnel coréen

En Corée du sud, il y a 6 Alliances françaises. La plus importante se trouve à Séoul ou l’on trouve également un centre culturel et une médiathèque.

Je me rends à l’Alliance française de Busan qui fête en ce mois de mai ses 25 années d’existence.
Durant les années 80, l’Alliance marchait très fort. Mais aujourd’hui, du fait de l’ouverture de la Corée au reste du monde et grâce à son développement économique très important depuis dix ans, les étudiants préfèrent apprendre l’anglais, puis en seconde langue le japonais ou le chinois (Tokyo comme Pékin, sont à deux heures d’avion de Busan).

Adresse :
1145-11 Choryang 3 dong Dong-gu
Busan 601836 Korea
Tel : (051) 465 0341

E-mail : info@afbusan.co.kr
www. afbusan.co.kr

Directeur : Hubert Sévin

Si vous allez à l’Alliance, vous serez reçu avec le sourire et beaucoup de gentillesse par Choi Min-Eun qui s’occupe du secrétariat et parle très bien français. L’Alliance se trouve au rez-de-chaussée d’un immeuble moderne et partage l’entrée avec... un Mac Donald ! L’espace n’est pas grand. Derrière le bureau d’accueil on aperçoit à travers une baie vitrée le bureau du directeur.

Devant vous un couloir garni de documents audiovisuels et une ouverture : vous pénétrez dans salle sans plafond, la bibliothèque.
« Je n’ai pas besoin d’une bibliothécaire, parce que notre espace ne le permet pas », me dit le directeur qui prend le temps de me recevoir. L’accès aux documents est donc on ne peut plus simple et convivial et l’on peut emprunter 3 livres pour une durée de trois jours.

- Surface de la bibliothèque : environ 50 mètres carrés

- Nombre de documents disponibles : environ 1800 livres
17 abonnements magazine + Le Monde.
100 DV, 300 vidéo, 35 CD-Rom.
300 CD de chanson française et de musique classique.

- Fréquentation : les étudiants sont friands de documents audiovisuels qu’ils empruntent très fréquemment. Par contre les documents livres sont rarement lus. Ils sortent plutôt à l’occasion du passage d’un expatrié. Le niveau de français des étudiants est, me dit Hubert Sévin pas assez élevé pour qu’ils puissent se lancer dans la compréhension d’un roman.
Alors qui parmi les Coréens apprend (encore) la langue française ? Des étudiants qui veulent aller en France. « Plutôt des marginaux » selon Hubert Sévin, des jeunes qui s’intéressent à la mode, aux arts et à la cuisine française.

L’espace de la bibliothèque est divisé en deux parties, à droite un grand canapé semi- circulaire face à un écran géant branché en permanence sur TV5, à droite, quatre tables rondes de travail avec des chaises. Un côté est garni de documents, un autre accueille les expositions. Une petite cuisine conviviale avec un pot de café chaud vous invite à vous asseoir un moment et à prendre le temps de lire.

Cette bibliothèque qui ne dispose pas de bibliothécaire fait preuve pourtant de bonnes astuces :

- Sur l’étiquette des romans, le titre est écrit en coréen : une aide pour les étudiants.

- Dans la partie audiovisuelle, on trouve des romans enregistrés sur K7 audio : pour faciliter la découverte de textes en français.

- Des jeux de société en français sont mis à disposition : pour une approche ludique de la langue..

- La possibilité d’acheter pour 1000 won pièce(un peu moins d’1 euro) les anciens périodiques

- Le prêt est allégé : pour emprunter un document, il suffit d’aller à l’accueil, de donner son nom et son numéro de téléphone. Le système repose sur la confiance et un fort esprit de communauté.

- Le prêt est gratuit pour les étudiants, il coûte 15000 won pour les autres.

- Heures d’ouverture :
Du lundi au vendredi de 9 à 21 heures
Le samedi de 14 à 18 heures
Soit 65 heures hebdomadaires

- Encore une idée sympathique : en ligne, on vous invite à contacter l’Alliance si vous souhaitez y exposer vos oeuvres. Lors de mon passage, j’ai pu admirer de superbes photographies de Monsieur Thomas Lee sur le thème de l’architecture traditionnelle coréenne. Un regard fin qui joue avec l’ombre et la lumière, la texture du bois et le grain de la pierre, un regard poétique qui commence ainsi :

Qui cherche à façonner le monde, je vois,
n’y réussira pas.
Le monde vase sacré, ne peut être façonné.
Qui le façonne, le détruira.
Qui le retient, le perdra
LAOZI

Il existe 20 bibliothèques publiques à Busan, réparties dans les différents quartiers et organisées en réseau. La ville compte 3,75 millions d’habitants.
Au hasard, je choisis d’explorer la bibliothèque publique qui se trouve le plus près de l’Alliance, à environ 1 kilomètre et demi au nord.

Bibliothèque publique de Beomil
Beomil 4 Dong Bousan
Site web : www.donggulib.or.k

La carte à la main, je remonte les avenues. Au bout d’un bon kilomètre, les rues se rétrécissent, commence alors un quartier d’habitations. Je demande mon chemin à deux étudiants. « C’est là haut ! » me disent-ils en montrant un bâtiment circulaire au sommet d’une colline. Et les voici qui m’accompagnent gentiment, curieux de discuter par la même occasion avec moi.

Il y a peu d’étrangers qui visitent ou vivent en Corée et encore moins de Français. La France est connue en Corée pour ses pâtisseries et son pain, les seuls mots que nous arrivons à lire ici car l’alphabet coréen nous est totalement inaccessible.

Ainsi dans la bibliothèque : pas de plan, pas de guide, aucun document ! Heureusement le nom des salles est écrit en anglais. J’arrive à comprendre l’organisation des étages. Après l’entrée tenue par deux gardiens, j’arrive dans un hall circulaire garni de portes en fer. On se dirait dans le conte de Barbe bleue. Laquelle ouvrir, laquelle ne pas franchir ?

J’ouvre la porte de la bibliothèque des enfants. Je découvre des livres, beaucoup de livres classés selon la classification Dewey, y compris les albums (classés en 800, littérature). Quelques livres en anglais sont mêlés au fonds mais 99% de la collection est en coréen. Je ne trouve pas de bandes dessinées ni de magazines pour enfants. Cependant le choix est riche, varié, les livres neufs, bien rangé (pas couverts). De toute évidence l’édition pour la jeunesse se porte bien en Corée, tant au niveau de la création nationale qu’au niveau de la traduction d’auteurs étrangers.

Je découvre avec surprise et beaucoup de plaisir sur les rayons, traduits en coréen (indice 863), Claude Bougeon "Un si joli livre", Antonin Louchard, Anaïs Vaugelade "La guerre" Jacques Duquennoy "Henri le fantôme" et plusieurs albums de Tomi Ungerer "Le nuage bleu", "Otto" !

En faisant une recherche dans une librairie coréenne le jour suivant, je découvre toute une collection d’auteurs étrangers traduits en coréen, plus de 80 titres disponibles ! Editeurs : Nord sud, Ecole des loisirs, Gallimard, Seuil, Albin Michel, Circonflexe...

Quant à mon fils, il n’en revient pas, il trouve son auteur de BD favori, Joan Sfar traduit en coréen avec l’album « Petit vampire fait du Kun Fu » !

Revenons à la bibliothèque. A cet étage se trouve également la salle des journaux et des périodiques, environ 75 titres disponibles. Dans cette salle ou règne un silence absolu, seul un vieux monsieur lit, recroquevillé sur son journal. L’atmosphère est bien différente des salles de lecture indiennes bondées où l’on entend seulement le bruit des ventilateurs et des pages tournées...

La salle multimédia propose d’écouter et de visionner des documents audiovisuels sur place (pas de prêt). Enfin le bureau du personnel, toutes portes ouvertes : la photo et le nom des membres de l’équipe figurent en bonne place, je compte 13 personnes.

Je monte au deuxième étage : salle de lecture numéro 1, salle des langues, salle de prêts adultes : romans, documentaires, pas de BD. Même classification Dewey que chez les enfants. De manière générale, la majorité des lecteurs rencontrés sont des étudiants. Cette observation était encore plus flagrante en Chine. Mes enfants, rodés à l’usage des bibliothèques publiques, avaient résumé la situation de manière très claire : « En Chine y’a que le travail qui compte, y’a pas de plaisir ».

Troisième étage : salle de lecture numéro 2, salle audiovisuelle (fermée = transférée au RDC ?). Je remarque que les bibliothécaires en service public sont jeunes et des deux sexes.

En redescendant, je me rends dans le bureau des bibliothécaires et par cet acte que je crois anodin, je sème la confusion parmi le personnel. Personne ne parle anglais, chacun alors de se concentrer sur son écran pour éviter la confrontation. Heureusement, une courageuse jeune femme appelle du secours par téléphone. Deux bibliothécaires arrivent. Ils parlent très mal anglais, mais j’arrive à obtenir quelques renseignements complémentaires :

- Fonds disponible : 44 000 ouvrages, dont 10 000 livres pour la jeunesse

- Ouverture de la bibliothèque en 1998

- Prêts : 3 livres pour 2 semaines.
Prêt gratuit pour tous

- Horaires d’ouverture :
Lundi au vendredi : 9-19 heures
Samedi 9- 18 heures
Dimanche 9-17 heures
Soit : 67 heures d’ouverture hebdomadaire

- Animations : pour les enfants, heures du conte chaque samedi à 14 heures
Projection d’un film chaque dimanche après midi.

Il est dix huit heures déjà, la pendule sonne. Les jeunes bibliothécaires m’accompagnent jusqu’à la sortie. Dehors, l’air est clair et pur, devant mes yeux se déploient une collection de petites maisons bien rangées, bien ordonnées, très colorées ; toute une palette de bleu, de vert, de rouge bordeaux, de gris.
Des enfants remontent la ruelle un écureuil blotti dans le creux de leurs mains, une grand-mère toute voutée s’en va cueillir de la salade pour son repas du soir. Les Coréens mangent tôt. Et moi, je découvre enfin d’où viennent les salades des vieilles femmes du marché : du jardin qu’elles ont aménagé sur le toit de leur maison !

Finalement les jeunes bibliothécaires me raccompagnent jusqu’à l’arrêt de métro. Belle occasion pour tous de discuter encore un peu. L’un d’entre eux me cite Verlaine, Rimbaud, Saint Exupéry.

Il adore la poésie.
Il lit ces auteurs en traduction.

Tous deux rêvent un jour d’aller à Nice...

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La vallée heureuse