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2004 : Journal de voyage en Turquie

dimanche 12 octobre 2008, par Sylvie Terrier

3 septembre 2004

Jambes pleines de bleus, genoux meurtris, visage creusé et vieilli, corps amaigri, desséché par le stress : le déménagement a été un enfer, et cette impression d’avoir tout devant comme un bloc de béton qui empêche de voir, d’imaginer l’après, l’horizon. Une épreuve physique et mentale qui m’assomme de fatigue et fait qu’à peine couchée je m’endors, sans rêve. Réveillée deux heures plus tard par l’angoisse, le cœur palpitant, verrouillé jusqu’à la gorge, la bouche sèche. Je bois des litres d’eau, mais je me ratatine, je deviens un nerf vibrant, résistant, qui travaille travaille, sans lâcher. Incroyable ce que je peux faire, comme je peux me dépasser. Nous vidons la maison de Geispolsheim pour l’entasser chez des amis à Benfeld.

Notre maison, on l’a mise en cartons et en caisses, plus de 403 étiquettes, 403 items que l’on empile, que l’on compresse, dans une pièce pourtant grande qui est vite devenue impénétrable. Oubliée l’idée de laisser des couloirs. Impossible dorénavant de retrouver tel carton ou telle caisse, notre bien est devenu monolithique.

Nous sommes partis de Geispolsheim comme si nous n’avions jamais habité là. Dis au revoir à personne. Personne n’est venu nous saluer. Nous avons pourtant passé dix années de notre vie dans cette maison. Par contre, un grand coup de chapeau aux amis, les vrais, ceux qui restent présents à nos côtés dans la difficulté : Muriel, Nathalie, Elisabeth et sa famille, Dominique et Madeleine qui à 3 heures du matin travaillait encore avec nous et repartait, la camionnette pleine. Je ne trouvais pas de mots assez forts pour la remercier, me sentant redevable de tant de bonté et de dévouement. Les larmes me montent aux yeux quand elle me dit " Tu sais, je fais ça surtout pour toi... "

Et maintenant, Gazipasa. Le surlendemain. L’enfer est déjà oublié. C’est comme un accouchement, j’ai oublié la douleur terrible parce que ce que l’on vit maintenant est si doux, parce que maintenant on est si heureux, que ce que l’on pensait ne pouvoir jamais dépasser est oublié, distancié. On est passé de l’autre côté, l’enfer est derrière nous, loin. Maintenant, il fait bon écouter le bruit des vagues, le chant des grillons, rester dehors la nuit dans le silence, découvrir sous l’auvent du bungalow, plaqués contre la poutre deux petits geckos, esprits bienveillants de la maison.

4 septembre : on manque de vaisselle dans le bungalow, alors on part à Gazi (en stop et la première voiture qui passe s’arrête et nous prend) afin d’ acheter le minimum vital : marmite, poêle, théière, petit grill et aussi la base pour pouvoir cuisiner, charbon de bois, allumettes. Une partie de la vaisselle nous est prêtée, mais j’ai oublié lors de ce premier achat le sucre, les éponges et le produit vaisselle !

Il est étonnant de constater combien, pour faire vivre toute une famille, peu de choses suffisent. Ensuite ne reste plus qu’à se rendre au marché pour faire provision de légumes et de fruits : énormes pêches, figues si mûres qu’on ne peut les transporter, tomates dodues et fruitées, petites aubergines tordues comme des cornes de chèvre.

On mange ce que la nature nous offre en cette saison, rien n’est exporté, on retrouve des fruits non calibrés, trop mûrs, que l’on peut tâter, sentir, goûter, marchander. Les paysans utilisent des balances à poids, arrondissent un kilo de pêches avec deux prunes, offrent une grappe de raisin aux enfants. On transpire aussi beaucoup, le soleil est violent. Un verre de thé et on dégouline de sueur. Le corps doit d’habituer, trouver un nouvel équilibre. Au bungalow, tout est plus facile, on a le choix entre la mer et la piscine, les enfants y passent la moitié de leur temps, c’est aussi l’endroit où ils se font des amis et tentent de communiquer au moyen de dessins tracés d’un bout de doigt mouillé sur le dallage.

Elles sont rouge carmin

Boursoufflées

Dodues comme des fesses de bébé

Elles roulent, s’écrasent, se fendent

Elles fondent sous la dent, exquises et pleines

Elles éclatent de chair trop généreuse

Elles sont lourdes, offertes sous leur queue étoilée

On les mord, on les cuit en ratatouille

Elles sont les fruits dorés, les pommes d’or de la Turquie

Les tomates

(Zoé trouve l’image des fesses dodues de bébé ridicules)

6 septembre
Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Zoé ! 10 ans ! Une fois le soleil un peu moins fort, nous partons toutes les deux " à Gazi " pour faire quelques emplettes : le ravitaillement mais surtout un cadeau et... un gâteau ! Dans une bijouterie, nous tombons d’accord sur l’achat d’un petit bracelet en or, très délicat, constitué de nazalgod, des petits yeux bleus protecteurs. Zoé a hésité : elle craignait de ne pouvoir assumer cette responsabilité, prendre soin d’un bracelet en or mais a dix ans, lui dis-je, n’est-ce pas justement le moment de commencer ? Et puis dix ans c’est un anniversaire important, comme un tournant... Zoé acquiesce, elle est très contente du joli ruban rouge que le vendeur rajoute au bracelet avant de le glisser dans une adorable petite bourse rouge.

Bon, et le gâteau ? On le trouve lui aussi, dans une pâtisserie, un navarin bien rond, garni de cerises confites, de pâte d’amande et de chocolat noir. Et les bougies ? Difficile ! Finalement on en trouve aussi " assorties au gâteau " rose et prune, mais à prix d’or. Sûr, on va les garder pour les prochains anniversaires.

Le reste des courses est vite expédié, fruits et légumes, boucherie, épicerie pour l’eau et le fromage. Je retrouve le plaisir du marché, je prends le temps de choisir, j’achète en petites quantités, juste ce qu’il faut pour deux ou trois jours, de toute façon je ne pourrai porter plus alors pourquoi accumuler ? Et puis je papote avec les uns et les autres et finalement il fait bien chaud alors prenons le temps d’un verre de thé. Le soir, Zoé résume ce que nous pensons tous : au fait qu’est-ce qu’on faisait à Geispolsheim ? Dorénavant Geispolsheim sera réduit à G...

7 septembre
Il passe sur sa moto aux pneus épais, souple et royal dans son large pantalon bouffant. Le sucre tombe au fond du verre, la petite cuillère teinte dans le verre brûlant. Le thé est trop chaud, impossible de le boire. Elle passe, les pieds écartés, lourde. Lourde de tissus, des cheveux jusqu’aux chevilles. Un autre sucre, le thé est amer. Il dit Melhaba ! Il a le visage tanné par le soleil, le cheveu gris et ras, la moustache bien taillée, tout sourire. Il entre dans la boulangerie, ressort avec deux sacs remplis de pains. Bois le thé, il n’est plus chaud à présent, et plus doux grâce au troisième sucre.

Tiens, on le connaît celui là, c’est le fils du quincaillier et celui-ci aussi, c’est le patron de l’Internet café, et elle... déjà vue quelque part, mais où ? Le verre de thé est vide, dans le cou, la sueur coule. Alors,on en reprend un ? Bir chai !

Ils arrivent à quatre, tout droit sortis de leur campagne. Ils entrent à la " pâtisserie ". Ressortent avec une glace dans un cornet, seulement pour les parents.
S’installent devant nous, la chaise face à la rue. L’homme mord à pleines dents dans la glace, la femme la lèche comme une vache. L’un des deux enfants n’a rien, il attend, impassible. Un vieil homme aux cheveux blancs qui se trouve là à déguster une pâtisserie, l’interpelle. Se lève, saisit le gamin par l’épaule. Ils entrent dans la pâtisserie. Le vieux ressort seul. L’enfant surgit : il tient dans sa main un cornet où s’amoncellent un assortiment de glaces de différentes couleurs. Il ne dit rien. On ne sait pas si cela lui fait plaisir. La mère sourit, béate. Ils se lèvent et partent sans dire un mot.

Je dis à Paul : finalement entre la Turquie et chez nous il n’y guère de différence, nous ne sommes pas dépaysés ! Paul n’est pas d’accord avec moi, il dit : « Si, on ne verrait pas ces motos, cette charrette tirée par un cheval, ces hommes avec leur grand pantalon » et puis « ici ils ne sont pas stressés ». C’est vrai, la vie est si paisible que c’est dans les petits rien qu’il faut l’observer, la cueillir. S’en réjouir.

Regarder avec un regard neuf, le regard d’un enfant qui découvre pour la première fois. Cette notion de " première fois ", m’est chère, c’est quand on ne trouve plus de première fois que l’on se rend compte que l’on a vraiment vieilli, non pas parce que l’on connaît tout mais du fait que plus rien ne nous étonne, plus rien ne nous surprend. Ce vieil homme assis sous la treille qui regarde attentivement la rue, il sait déjà qui nous sommes, ce que nous voulons, simplement parce qu’il nous a observés avec attention. Le voilà qui se lève, entre dans la boutique de " chaussures pour dames " restée grande ouverte, c’est le patron !

Observateur et en activité, que signifie pour cet homme le mot retraite ?

9 septembre
Les enfants ont pris leur rythme de travail scolaire. Paul sort son ordinateur portable sous la véranda, face à la mer et commence ses maths, Zoé se plonge dans son fichier d’activité français et révise les injonctions. Une petite musique des Doors et voilà Paul qui passe à l’anglais. Il travaille de manière autonome, j’aide plutôt Zoé mais je pense que bientôt elle pourra devenir autonome à son tour. Grâce à elle, je révise ma grammaire française, retrouve les thermes enfouis dans ma mémoire mais je ne retrouve pas pour autant mes souvenirs de cm2, trop loin, une époque définitivement révolue, bon allez on va pas la jouer blues ce matin...

10 septembre
Je fais de drôles de rêves : Bruno vend en un seul lot toutes nos affaires, on cherche une chambre d’hôtel parce que l’on a plus de maison, je suis à la maternité pour accoucher de mon troisième enfant mais on me soigne pour une infection dentaire et je ne vois jamais le bébé, d’ailleurs les infirmières sont débordées et surtout inquiètes de connaître leur nouveau chef de service... Ce sont les rêves du matin, le reste de la nuit est extrêmement paisible, je crois que je ne rêve pas, je dors profondément, sur le dos ma position favorite, celle de la confiance.

Se lever le matin et aussitôt regarder la mer. Car jusqu’à présent on ne faisait que l’entendre. D’abord des gros rouleaux d’écume, puis une bande claire et enfin du bleu, intense, pur reflet du ciel. Se lever et découvrir un autre bruit, le tic tic des jets d’arrosage plantés sur la pelouse, une pelouse drue et serrée qui donne un petit air anglais à l’endroit qui par ailleurs pousse librement et sans organisation.

Se lever la première le matin et ouvrir la porte de la cuisine pour commencer à préparer le petit déjeuner, mettre l’eau à bouillir pour le café, sortir du frigo le miel liquide, la confiture de cerise et un gros pot de yaourt, couper le pain. Accueillir les enfants Paul hirsute, Zoé encore toute endormie, puis Bruno, dans son pyjama tout mou. S’asseoir et regarder ensemble la mer, sans rien dire.

Aujourd’hui, vendredi jour de marché. Je pars à nouveau au ravitaillement. Je vais retrouver ces paysans que l’on voit travailler dans leurs champs, enfants, hommes, femmes qui nous regardent passer en voiture les mains posées sur les hanches, ensemble au milieu des sillons. Ils portent des vêtements couleur de terre, ils sont toujours en groupe. La Turquie pour moi reste profondément liée à cette image de ces groupes de gens plantés dans la terre comme des arbres. Paradoxalement, il n’y a pas de villages dans ces montagnes, seulement quelques maisons isolées, posées au hasard des montagnes, des maisons incroyablement simples qui surgissent brusquement comme des fleurs fraîchement écloses dans le désert.

On l’appelle English Mustapha. Il dit "tout le monde fait appel à moi", les étrangers comme les gens du coin, il est surchargé de travail. Il vit à Gazipasa depuis plus de quinze ans. Il parle couramment le turc et a l’air parfaitement heureux, s’agite d’un côté de l’autre de son café " Green Oasis ", revient les mains chargées de brocs de bière, et un hamburger pour l’Irlandais, et une coupe de glace pour sa femme, une anglaise aux cheveux courts et à la langue bien pendue.

Mustapha travaille avec son épouse, mais elle prend beaucoup moins de plaisir à se trouver là. Molle, le visage affaissé elle a l’air de s’ennuyer, sans enfant, sans grand monde avec qui parler. Régulièrement, elle se lève, vide les cendriers, propose une seconde ou une troisième bière, sans sourire. Mustapha lui, sourit et parle pour deux, plaisante en turc, ses bras costauds avantageusement mis en valeur par un marcel gris clair. Il a les cheveux courts, quelques verrues de-ci de là, une bonne bouille ronde, une moustache pas trop fournie. On voit qu’il a le poil clair des Britanniques, même s’il nous dit avoir vu le jour à Munich. Bon mais son français, un, deux, trois, quatre, cinq, ne va pas au delà de six et pourquoi donc ? Parce qu’il n’y a pas de Français à Gazipasa !

Finalement, dit Bruno, la partie du voyage à Gazi, c’est plutôt des vacances. Pour moi assurément et pour les enfants, c’est un rythme de vie idéale : école le matin puis bain ; repas puis activités d’éveil : dessin, musique, technologie et bain à nouveau jusqu’à la tombée de la nuit.

11 septembre. Pour mon site cuisinetrip.com, la recette des " Gözleme".
La gözleme est une grand crêpe, très fine , roulée au moyen d’un long bâton et farcie de pommes de terre ou de fromage. Une fois pliée, on la fait cuire sur une plaque en forme de dôme, on la dore avec un peu de beurre et on la sert coupée en quatre. Cela peut faire un excellent repas du soir, accompagné d’un ayran (yaourt brassé auquel on a ajouté un peu d’eau pour le transformer en boisson). Prix : 1 million 750, soit 1 euro.

Ingrédients : une petite boule de pâte (farine + eau). Garniture : fromage séché + persil + cerfeui. Rouler la pâte, replier les deux bords opposés, placer la garniture, replier les deux autres bords par-dessus. Bien coller en tapant avec le bout des doigts. Poser sur la plaque chaude, faire cuire des deux côtés, frotter chacune des faces avec un peu de beurre. Manger bien chaud, avec les doigts !Une recette sans doute très ancienne, une nourriture de nomade (lait de brebis ou de chèvre, farine troquée) et un matériel simple,facile à transporter, ou que l’on peut acheter au marché.

Sur la plage
Elle sort de l’eau, les vêtements collés à son corps trapu, sarcophage de nylon plissé qui l’enferme de la tête aux pieds puisque pour se baigner, elle n’a même pas ôté son foulard. Celle là trempe à quelques mètres du rivage, comme une grosse otarie échouée, ne sachant pas nager. Cette autre au contraire, plus jeune, nage au loin en compagnie de son mari, petit boule flottante tout sourire. La plus âgée d’entre elles ne quitte pas le rivage. Elle s’ensevelit sous le sable, remplace l’eau par le minéral. Sur ses jambes et sur son corps tout habillé elle jette à la manière des tortues marine des kilos de sable brûlant. Elle regarde la mer, à quoi pense-elle ? Aux grands mammifères marins ? A la liberté de nager dans la mer ? A ses poivrons paprika qu’elle va farcir de riz et de tomates ? Elle en a préparé plusieurs marmites. Oui, il faudra bientôt qu’elle y aille car cela lui prendra bien tout le reste de la matinée. L’islam et les femmes, une mise en esclavage, vue de mes yeux d’européenne.

Alors la Turquie dans l’Europe ? La plupart de ces femmes ne savent pas écrire. Il faudrait déjà qu’elles s’affranchissent, qu’elles cessent d’être considérées et de se considérer comme des tentatrices. Qu’à la place des nageoires elles aient des mains pour conduire une voiture et pas seulement fumer une cigarette, comme le font beaucoup de jeunes filles. Qu’elles sachent taper sur un clavier, qu’elles fassent attention à leur ligne. Sous les vêtements elles ne sont qu’un amas de chair, tout est planqué, pas besoin de faire attention à soi. Oui les femmes devraient penser un peu au désir.

13 septembre
J’en ai assez de ces rêves récurrents de déménagement et autres histoires de voitures. Voitures et maisons, voici les deux piliers de mes angoisses. Dix jours que nous sommes arrivés à Gazipasa et ces rêves ne sont toujours pas dépassés ! J’enrage. Je me réveille déprimée, sans aucune envie et déçue : pendant combien de temps encore vais-je piétiner dans les mêmes sentiers ? N’ai-je donc rien d’autres à proposer, à imaginer ? Il est vrai que mon futur est blanc, dans les limbes, mais cela ne me gène pas. Alors, que faire pour que ces angoisses soient balayées ou se posent ailleurs, ou s’expriment différemment ?

La patience. "J’ai beau tourner la question dans tous les sens, je ne vois pas en quoi nous avons fait une erreur en accomplissant ce voyage ", dit Bruno. Il a raison, moi aussi, je me pose souvent la question et j’arrive à la même conclusion : nous sommes si bien ici, nous vivons enfin nos vraies valeurs, nous cessons de subir les pressions, les contraintes, les obligations.

Nous choisissons enfin notre style de vie, nous ne sommes plus des marginaux, nous sommes dans la vie, dans notre vie. Et notre vie nouvelle est tout sauf inorganisée : travail scolaire pour les enfants durant une bonne partie de la journée, travail également pour Bruno qui a installé une petite table dans notre chambre et partage son temps entre développement et relevés de ses mails à l’Internet café de Gazi (il n’y a pas Internet au bungalow. Quant à moi, la plus libérée des contraintes, je prends des bains de soleil, lis, nage avec délice dans la mer douce et chaude, prends plaisir à préparer de bons repas et surtout, je paresse...

Les nuits sont longues et enfin paisibles, plongées dans un sommeil profond et lourd, brodé de rêves seulement quand se lève le matin. Non il n’y a vraiment aucune folie à avoir fait ce choix, cette rupture dans notre vie courante. Et aujourd’hui, devant cette mer si bleue, devant la blancheur de la nappe qui flotte au vent comme une voile de liberté, je ne vois pas en quoi nous aurions commis une erreur. Par cet acte, par ce choix, nous nous trouvons après quinze jours de rupture dans une phase de renaissance. Notre force est dans l’appréciation de l’instant présent. Notre bonheur est plein et simple, c’est un bonheur qui renaît chaque jour. Nous parvenons avec notre moi d’adulte à atteindre le monde de l’enfant innocent, ce monde encore inapte à reconnaître que notre destinée sur cette terre n’est hélas qu’une lutte contre la déchéance et la mort.

17 septembre
Je propose aux enfants d’écrire un texte et pour cela de partir d’une mind map dont le centre s’appelle GAZIPASA. Pour les aider j’introduis quelques mots inducteurs qu’ils doivent obligatoirement utiliser, mais ils peuvent en rajouter d’autres et cela sans limitation. Voici ces mots : Trois couleurs : bleu vert blanc ; des verbes : je pense, j’imagine, je sens, je goûte, je respire, je regarde, je réfléchis... ; un moyen de transport ; deux personnes remarquables, un adverbe. Zoé se lance tout de suite dans la réalisation de sa mind map et puis le lendemain dans la rédaction d’un long poème, qu’elle écrit sans hésiter et qui éclot, parfait, révélant à la fois sa candeur et une certaine maturité.

Gazipasa
Les gens sont sympas !

On va au marché

Il y a un vieux pépé

Avec qui on peut discuter

Dans une papeterie

Un Monsieur gentil

Et avec lui

Je ne vous dis pas les prix !

Vous serez verts de jalousie !

A Gazipasa Solidarité

Maman et papa Paul et moi

Doit jouer à fond !

Les couleurs d’ici

Vert, blanc, bleu

La verdure de la nature

La mer bleu azur

Et le blanc couleur pure

Des chaises et des serviettes

De la nappe et de la table

Des murs du bungalow

Nous sommes tous les jours

Devant ce splendide tableau

Ici ce n’est pas comme en France

C’est pas la même école

Mais on ne peut pas dire qu’on rigole

Aujourd’hui, c’est vendredi

Jour de marché

Là on entend les cris des vendeurs acharnés

Qui vendent leurs produits !

Mais aussi à Gazi

C’est la liberté,le bonheur

De ce que l’on découvre à toute heure

On dessine, on prend des photos

Et pour écrire des lettres

Et des E-mail

Il faut aller dans un internet café

Et terminer par une crêpe !

Et puis aussi des fruits et des légumes

Des pêches, des prunes

Des patates et beaucoup de tomates !

Voilà, ça c’est Gazi

Tous ces bonheurs réunis

Dans un petit village

Au bord de la plage.

FIN

Paul n’arrive pas à laisser libre court à sa créativité. Il ne veut pas écrire de poème, souhaite une consigne plus structurée, plus dirigée. Il est assis face à la mer noire, il fait nuit. Silencieux, je le vois en proie avec beaucoup de trouble et presque un sentiment d’angoisse. « Je n’y arrive pas, je n’ai pas d’idées », dit-il. Il se cramponne au fait qu’il veut écrire une rédaction. Pourtant sa mind map devient géante comme une pieuvre.

J’aime bien cette ligne, la seule chose qu’il restera de ce travail : je rêve-de moi en plus âgé- de l’Inde- de mon imaginaire.

18 septembre
Nous partons explorer la ville d’Anamur, située à 80 kilomètres au sud de Gazipasa. Nous partons à l’aventure, sans guide ni information. La route, sinueuse est de toute beauté (enfin pour ceux qui ne craignent pas le mal de cœur). Elle traverse des forêts de pins parasol puis surplombe la mer, ensuite elle rejoint le rivage, le longe un instant, puis remonte, en aplomb des plantations de bananiers.

Aucune barre d’immeuble ne s’est implantée sur ces terres sauvages, seulement quelques maisons posées de ci delà et dans le creux des virages, des petits restaurants qui proposent une nourriture simple ainsi qu’un choix de produits locaux : bananes, grenades et miel. On a envie de s’arrêter pour goûter (et respirer un peu d’air pur) mais le bus poursuit sa course, douloureusement souple sur ses amortisseurs trop neufs.

Après trois heures de route, une très grande plaine apparaît au détour d’un virage, comme un immense delta asséché, Anamour enfin !. Une ville qui prend le temps de s’étaler et qui du coup devient impossible à parcourir à pieds. Ou est le centre ville ? l’Otogar semble être le point central, et le marché ? « C’est tout droit ! », nous dit le chauffeur. Nous remontons donc la rue, bordée de nombreux commerces récents et en effet, derrière la mosquée, nous trouvons le marché. Marché de fruits et légumes, d’outils de paysans et plus haut, dans le lit asséché de la rivière marchands de vêtements et de chaussures.

Curieusement, très peu de clients circulent parmi les stands, est-ce dû à l’heure déjà bien entamée de l’après midi ? Finalement, les enfants et moi, nous nous installons au cœur de marché, sous les grandes bâches colorées qui protègent du soleil. Paul commence à dessiner, au crayon puis au feutre, Zoé mange le raisin qu’un vieux paysan est aussitôt venu lui offrir, lui prodiguant l’hospitalité même dans ce lieu ouvert à tous.

S’asseoir dans le marché et regarder sans être regardé : une forme de confort en Turquie où l’intégration est immédiate. Je pense alors aux marchés africains et à l’Afrique en général où l’on se sent plus blanc que neige, tâche éclatante dans tout ce noir ébène et aussi à l’Inde où il est si difficile de passer inaperçu, non pas à cause de la couleur de notre peau mais à cause de la curiosité insatiable des indiens qui vous assaillent continuellement de questions. En Turquie, donc, on a la paix et cela a pour faculté de vous poser et vous inscrire dans le présent et de vous permettre de le goûter instantanément.

Bruno revient d’une longue marche solitaire. Cela lui arrive souvent. Il nous « pose » dans un endroit qu’il estime suffisamment en sécurité et facile à retrouver pour lui et il disparaît, sans dire un mot, comme absorbé. Quand il revient, il « a fait un tour » et a toujours des choses intéressantes à nous raconter : « Allez venez, je vais vous montrer un petit marchand de miel et puis un autre qui vend des plantes médicinales ». Nous remballons le matériel de peinture, le kilo de pommes achetées au vieux paysan et, les mains collantes à cause du raisin, nous le suivons.

La boutique du marchand de miel ressemble à toutes les boutiques d’apiculteurs, on y trouve des ribambelles de pots de miel soigneusement présentées, des herbes, des produits naturels, de la cire, du pollen et bien sûr une odeur de fleurs qui ne manque pas d’attirer les abeilles. L’apiculteur nous fait goûter son miel, il trempe généreusement une petite cuillère en plastique dans un pot couleur caramel puis couleur or, et enfin jaune paille.

Les prix varient en fonction de l’altitude à laquelle le miel a été récolté. Comme il est bon ! Le miel couleur or offre un premier goût légèrement amer puis un bouquet de saveurs fruités, ambrées. Dix millions le kilo (6 euros), un miel de luxe...

Nous sommes heureux chez ce vieil apiculteur, qui nous a tout de suite invité à nous asseoir, à prendre le temps de passer un moment en sa compagnie. Il nous parle de son métier, nous explique tous les bienfaits du miel pour la santé, il sourit, content. Nous prenons une photo, il nous offre une boisson qu’il prépare devant nos yeux (un pot d’eau, du miel liquide, diluez bien puis servez) et tant pis si l’eau n’est pas bouillie, puisque le miel n’apporte que des bienfaits et que les mains de l’apiculteur sont les mains de bon Dieu, nous ne risquons rien...

Le soleil décline, assis à la terrasse d’un café, nous buvons un thé au recoin d’une rue. Paul et Zoé entament une partie de dames, le serveur joue avec son petit garçon et repart en compagnie de sa femme sans plus de façon ; un adolescent lâche son ballon qui roule entre les roues d’une Renault douze poussiéreuse. La vie paisible continue, entre modernité et ruralité, femmes en foulards et jeunes filles en jean.

Nous terminons la soirée par la visite d’un imposant château seljouke du 3ème siècle, posé au bord de la mer. Comme la nuit est tombée, nous demandons à notre taxi de nous déposer au port. Nous avons en effet envie de manger du poisson. Le port est en fait une plage aménagée sur laquelle se sont implantés de très grands cafés (beaucoup de chaises mais très peu de clients) les vacances turques sont finies ! Quelques groupes d’hommes se sont formés autour des postes de télévision qui diffusent un match de foot, mais ni les vendeurs de bijoux de pacotille, ni la boutique de maillots de bains féminins avec jupette, ni la boîte de nuit ne feront des affaires ce soir...

Finalement, les restaurants ne se comptent pas même sur les doigts d’une main. Le plus clinquant d’entre eux affiche une sérieuse équipe de cuisiniers et des serveuses dénudées mais la vue du poisson, ouvert, éventré et gisant dans des congélateurs que le serveur tripote et retourne au passage de chaque client nous coupe plutôt l’appétit. L’autre restaurant casse les prix : 1,5 millions la portion, soit un filet de maquereau dans une demie miche de pain, bon, mais ce soir on vise plus sophistiqué.

Alors reste le troisième, plus sobre, à la vitrine certes modeste mais qui présente d’appétissants barbets et puis le maître d’hôtel, dans un allemand parfait sait vendre sa marchandise, nous nous laissons aller à choisir deux autres variétés de poissons et d’essayer la cuisson au four, leur spécialité. Quel régal ! D’abord une sélection de meze (entrées libanaises), puis les trois plats de poissons préparés selon trois mode de cuisson différents : frits (les barbets) ; grillées (les daurades), cuit au four (le turbot à l’oeil globuleux). Les serveurs changent nos assiettes à chaque nouveau plat et veillent à ce que nous ayons toujours assez de pain, un pain qui ravit les enfants car il arrive sur la table gonflé comme une lanterne, crépit de petits graines noires au goût d’anis. Un repas pantagruélique qu’il aurait été bien difficile à digérer s’il s’était agit de viandes mais que nous supportons étonnamment bien car la chair du poisson est légère et peu calorique.

Nous rentrons à Gazi avec le dernier bus de la journée, ou plutôt le premier bus du matin puisqu’il est zéro heure trente. Au moins en voyageant de nuit, n’aurons nous pas mal au cœur. Trajet donc paisible effectué dans un demi-sommeil et à l’arrivée trois kilomètres à faire à pieds pour rejoindre le bungalow ! Mais nous sommes gais et nous marchons main dans la main en chantant, regardant de temps à autre la voie lactée qui s’étire au-dessus de nos têtes, réveillant les coqs qui lorsqu’ils nous entendant, se mettent subitement à chanter.

Nouvelle 23 septembre 2004

Le premier matin du monde

L’aube était grise et tout paraissait fade. La mer, minérale et lourde, le ciel indéfini. On s’attachait alors aux bruits, même les plus insignifiants, bourdonnement d’un insecte, moteur d’un bateau, écrasement d’une vague.

Lentement le soleil gagnait du terrain, il posait une lueur or sur le gazon, faisait briller le feuillage dru des palmiers. Les fleurs se révélaient, des gouttes de rosée brillaient sur les graminées. La mer se mit à bouger. Comme une puissante échine, elle ondulait, devenait bleu outremer, abandonnant son manteau minéral Une mouette passa sans un cri. Personne sur la plage. Personne sur la mer. On aurait un matin du début du monde et pourtant tout prouvait que la nature avait été domestiquée, les parasols sur le rivage, les transats posés sur les galets, les allées de palmiers, le gazon soigneusement arrosé, les bordures et les murets. On attendait que quelque chose se passe, que quelqu’un vienne troubler ce pesant équilibre, ce paysage parfait aux couleurs à présent lumineuses.

Enfin ils arrivèrent, c’était des bateaux de pêche, de simples barques à moteur avec, planté sur l’avant une croix où flottait le drapeau turc. Les barques se dépêchaient de rentrer au port, elles filaient droit, sans aucun bruit, à peine immergées, coupant la mer paisible. En quelques minutes elles avaient disparu et le silence retomba, dans la lumière du soleil dont on commençait à sentir la chaleur.

On attendait.Elle attendait.

Deux allemands descendirent à la plage. Leur démarche ressemblait à celle des pingouins, conséquence de leur embonpoint d’Européens bien nourris. Ils étaient seuls sur la plage. La femme osa un deux pièces, personne pour la critiquer. La chaîne en or de l’homme brillait sous le soleil.

Le bungalow craqua, le ver recommença à ronger la poutre du toit, le roulis des vagues s’amplifia. Elle attendait toujours, les jambes repliées sur sa chaise, face à la mer.

Soudain, la porte grinça et une petite boule violette, incroyablement échevelée surgit. Les yeux à demi fermés, encore toute chaude du sommeil de la nuit, la fillette se précipita dans ses bras et se lova contre son corps, dans son corps. Puis la petite tourna la tête vers la mer et ensemble elles regardèrent l’horizon. Alors, l’enfant eut cette extraordinaire phrase qui provoqua la coupure, l’événement qu’elle attendait, la raison de commencer ce matin :
- Maman, j’ai faim.

28 septembre
Aujourd’hui nous envoyons notre premier paquet de devoirs au CNED (Centre National d’Education à Distance).. J’avoue ne pas avoir pris avec assez de sérieux connaissance du fonctionnement du système. Du coup, Paul a dû rattraper son retard pendant le week end. Pour Zoé, c’était plus léger, seulement 2 devoirs, un en maths, l’autre en français.

Reste à savoir combien de temps mettront ces lettres pour arriver en France et si les correcteurs nous feront cadeau de quelques jours de retard. Paul a paniqué en maths et je l’ai beaucoup aidé à préparer ses contrôles. Il est peu sûr de lui et reste très proche de moi, trop sans doute.

Quant à Zoé, je découvre qu’elle a une personnalité plutôt égocentrique, douce quand ça l’arrange, butée quand on la prend en faute. Finalement ce voyage montre ou plutôt révèle nos personnalités, ce qui ne nous arrivait pas dans notre « vie d’avant », puisque nous étions si peu ensemble, à G...

Pour ma part, le minimalisme de Gazipasa me convient tout à fait, je tourne avec trois robes, nous vivons dans un bungalow, notre cuisine mesure quelques mètres carrés. Je nourris ma petite famille à l’aide d’une seule plaque de cuisson, à grands coups de ragoûts de pommes de terre, de salades de tomates, de viande et de poissons grillés. Le matin, chose absolument nouvelle, nous prenons le petit déjeuner tous les quatre, papotant, dévorant de délicieuses tartines de miel et des louchées de yaourt.

J’ai toutefois organisé ma vie, car bien que toute simple j’ai remarqué que sans rituels elle perdait vite son sens.

29 septembre
Les enfants ont découvert la pêche. Nous avons acheté le matériel de base, hameçon, plombs et fil, coupé deux bambous en guise de cannes et en avant ! Sur le jetée qui borde le port, ils ont trouvé patelles et bigorneaux mais le poisson, gourmand, mord aussi avec du pain. Et puis dit Zoé, avec les boulettes de pains blanches, « on voit quand le poisson l’avale ». A leur grande surprise, ça mord !

Paul sort triomphalement son premier poisson de l’eau, bientôt suivi par Zoé. Je promets une soupe pour ce soir et envoie un mail à ma mère pour qu’elle me transmette la recette familiale cette soupe de poisson qui faisait notre régal quand enfants, nous pêchions nous aussi, ramenant fièrement « le beefsteak de la mer » comme disait ma jeune sœur en parlant des poissons.

29 septembre : Charly (Nouvelle)
Sur la colline, un troupeau de chèvres noires rentrait, empruntant un chemin de traverse. En contrebas, dans le port, l’activité battait son plein. Des bateaux sortaient, d’autres rentraient, des hommes s’activaient à quai, réparant à grands coups de marteau l’arrière pont endommagé d’un chalutier.

La femme russe se leva. Les mains sur les hanches elle se dirigea vers le rivage. Le soleil était violent, car il se reflétait sur la mer. Elle était blonde et avait gardé ses lunettes de soleil. Un gros type lui emboîta le pas.

Dans le port, le Commandant du Nautila s’ennuyait. Pas un seul client aujourd’hui, rien vu hier non plus. Ce mois de septembre s’annonçait plutôt mauvais. Encore quinze jours et je remballe le tout, se dit-il en lui-même. Il avait remplacé sa casquette rigide de Commandant par une simple casquette de toile blanche et caressait distraitement son petit chat, une petite bête tigrée et affectueuse qui recherchait continuellement la compagnie.

La blonde rajusta la pince dans sa chevelure abondante et se contorsionna, les galets lui faisaient mal aux pieds. Elle avait des cuisses musclées, un corps bien en chair. Le Commandant regarda le pont de son bateau et constata que tout était bien en ordre, les gilets de sauvetage suspendus dans des filets et accrochés en deux lignes parallèles au plafond, les tables recouvertes de toile cirée, propres et relevées au-dessus des balustrades, les coussins de skaï orange, bien alignés pour former deux longues banquettes.

Non, rien à faire, vraiment. Même pas fumer une cigarette car le Commandant ne fumait pas. Il voulait garder ses poumons de jeune homme de vingt ans et à quarante huit ans s’enorgueillir de pouvoir plonger en apnée jusqu’à 25 mètres de fond.

La femme russe s’enfonça doucement dans l’eau et se mit à nager la brasse. Elle portait sur le côté une fleur d’hibiscus qui soudain s’échappa et se mit à flotter, corolle ouverte. Elle se ne s’en aperçut pas et continua à fendre l’eau en brasses vigoureuses.

Un cri d’enfant fit retourner la tête du Commandant du côté du pont d’embarquement. Une petite fille se tenait debout sur un rocher, une canne à pêche rudimentaire à la main. Elle semblait très excitée et parlait une langue qu’il ne comprenait pas. Il se leva, déposa sur le sol le petit chat qu’il tenait toujours serré sur sa poitrine et franchit la passerelle. Une fois sur la terre ferme, il s’aperçut qu’un autre enfant accompagnait la petite, un garçon plus âgé, d’une douzaine d’années. Mais surtout, il y avait une femme. Il ne pensa pas un instant qu’il s’agissait de la mère des enfants. Il pensa, voilà une femme. Elle portait une robe orange très courte qui lui moulait le haut du corps. Les jambes étaient fines, légèrement bronzées. Son visage, carré avait quelque choses de masculin, mais tout le reste du corps respirait la féminité. Il la jugea de son oeil de connaisseur : entre 40 et 50 ans.

Le Commandant invita les enfants à venir pêcher du pont de son bateau et ils acceptèrent, ravis. Ainsi la femme, leur mère, se retrouva à bord elle aussi, invitée par le Commandant. -Tea, coffee, Cola ?Il avait tout ! Et même de la bière, mais cela il ne lui en proposa pas.Elle s’assit à la table d’hôte et après avoir refusé puis finalement accepté un café, la conversation s’engagea.

Elle était française, elle logeait dans un des bungalows au bord de la plage, elle aimait beaucoup Gazipasa « çok güzel ».

La femme russe n’était pas restée longtemps dans l’eau. La mer n’était plus limpide, elle devenait épaisse et glauque au fur et à mesure que le soleil s’approchait de l’horizon pour s’y noyer.

Le Commandant déballait tous ses trésors, son livre de bord, « j’écris un roman sentimental », les photos de son bateau, des ses amis allemands, des ses amies russes en maillot de bain, des femmes aux formes généreuses. Et puis soudain il eut une idée, il prit deux stylos, un rouge et un noir et dit : - Je veux apprendre le français. En rouge, il écrivait les mots français en phonétique turque, en noir la traduction. Il remplit ainsi une page entière de « voulez vous boire quelque chose ? Petit déjeuner, bienvenue à bord, omelette... ».

Elle était devenue son professeur. Il apprenait les mots en se promenant sur ses lèvres, elle prononçait, il écoutait, il répétait. Ils se parlaient de lèvres en lèvres, ils partageaient une intimité sans jamais s’embrasser autrement qu’avec leurs mots. Sa phrase préférée était « voulez-vous danser avec moi ? », il arrivait à la prononcer avec une relative facilité.

Une heure passa, puis deux. Et un second café, sans sucre. Il parlait des femmes russes à présent, de leur côté romantique, de leur façon de jouir de la vie. Ca j’aime, disait-il en anglais : « voulez-vous danser avec moi ? »Le soleil venait de sombrer, une lueur violette recouvrit le port, il dit : - Voulez-vous une musique romantique ? Voulez vous boire une demie bière avec moi ?Elle répondait non à chaque fois, comprenant bien où il voulait en venir, mais elle ne voulait pas arrêter le jeu trop tôt. Le petit chat depuis longtemps s’était lové sur ses genoux, elle le caressait, il ronronnait tout doucement.

Elle voulut rebondir en lui demandant ce qu’il pensait-il des femmes turques . Les femmes turques, c’est pas bon ! Elles ne veulent que ton argent. Il saisit une petite chaîne en or qu’il portait autour du cou et fit mine de l’enlever. Non les femmes turques, il ne fallait pas lui en parler.

Les uns après les autres, les chalutiers quittaient le port, ils partaient pour la nuit. Les petites barques elles partaient plus tôt, avec un seul marin à bord. L’homme poserait ses filets et dormirait sur place, toute la nuit seul sur la mer, dans son rafiot.

La femme russe avait plié sa serviette depuis longtemps. Elle avait pris une bonne douche et s’était habillée. Sur la terrasse du bungalow, la soirée commençait devant quelques bières et une assiette de poivrons paprika. L’homme qui vivait avec elle achetait les bières par cartons entiers. Ils les passaient par une brèche pratiquée dans la barrière en béton, à l’arrière du bangalow, cela leur évitait d’avoir à remonter toute l’allée les bras chargés.

Le Commandant écrivait et dessinait. Des poissons, des filets, et bientôt une bouteille vide : la femme. A vingt ans, à trente ans, il remplissait à peine la bouteille. Son ton était tranchant : immature. Il le dit en turc, elle le comprit aussitôt, les mots devaient être les mêmes dans les deux langues. Ensuite il remonta le niveau jusqu’aux trois quart : 40, good, puis jusqu’à raz : 45, 50 top ! How old are you ? Il avait vu juste.Il prit sa main et la posa sur son cœur. Elle ne la retira pas. Il lui dit qu’elle avait de beaux yeux. Les siens étaient gris et ses dents très blanches. Il était mince et musclé, portait un bermuda clair et une chemise bleu marine à fines rayures blanches. Il était séduisant.

L’heure était romantique, la lune, pleine commençait son ascension.C’est alors qu’elle dit qu’elle partait. Les enfants n’attrapaient plus de poisson, l’eau était devenue encre. Il sourit, le gris de ses yeux devint triste.Elle dit, merci pour la pêche et pour le café.Elle déposa le petit chat sur la chaise dans ce qui restait de sa chaleur. Elle le remercia encore une fois, en turc cette fois. Lui se leva lentement puis avisant une fleur qui se fanait dans un verre d’eau, il la saisit vivement et la lui offrit : romantique ! dit-il.

La femme russe était un peu ivre maintenant et riait à gorge déployée. Une grande mèche de cheveux blonds courait le long de son cou. La nuit respirait sous la voie lactée.

2 octobre.
En attendant le bus pour Konya.

D’abord s’asseoir et commander un thé, ensuite regarder autour de ce soi, il n’y a pas grand chose d’autre à faire. Nous avons presque une heure d’avance mais le bus et les chauffeurs sont déjà là. Ils lisent les journaux, ceux qu’ils ont acheté ce matin ou bien récupérés la veille après le départ des passagers. Ils font quelques mots croisés, mangent une brioche fourrée de fromage. Ils fument aussi beaucoup.

Une paysanne s’assoit à mes côtés, sans doute rassurée par ma présence. Foulard serré sur ses cheveux, longue veste, longue robe, chaussures ouvertes sur le devant, pieds cachés par des collants épais. On ne voit d’elle que son visage joufflu, ses joues hautes et ses lèvres charnues. Et ses mains de paysannes, tannées par le soleil, dodues elles aussi. Je ne sais pas pourquoi les paysannes turques se ressemblent toutes à ce point. On les dirait sorties d’un même moule, telles des poupées russes que l’on emboîte les unes dans les autres, avec quelques couleurs, car les paysannes sont beaucoup plus colorées que les musulmanes des villes qui ne portent que des vêtements ternes et délavés.

L’homme turc lui, fume et bois du thé. Il travaille aussi durement. La cigarette, le thé, le café, le jeu de cartes ou de dominos, une manière de vivre en permanence en convivialité. En Orient, la solitude de l’homme n’existe pas ou bien il s’agit de celle des fous. La femme turque est plus souvent seule. Elle ne fréquente pas le café, elle ne fume pas (enfin en société et pour les générations les moins jeunes), son domaine reste la maison. Même au marché elle n’a pas la supériorité. Ce sont le plus souvent les hommes qui achètent et font des affaires.

Par contre, il arrive à la femme turque de voyager seule. On la voit posée sur un banc, impassible. Elle est seule parce qu’elle est femme. Cela ne viendrait jamais à l’idée d’un homme de s’asseoir à ses côtés pour discuter.

Rêve : La petite fille était japonaise. En sa compagnie, je visitais un temple. En partant, elle me dit qu’il fallait tenir mon éventail renversé et agiter le dernier volet. Elle me montrait comment faire et y parvenait très bien. Elle me disait que l’éventail ainsi positionné faisait comme une petite main qui disait au revoir au temple. Cette autre petite fille turque, était terriblement gâtée : robe de satin ruisselante de dentelles, boucles d’oreilles en or, diamant dans l’aile du nez, colliers et bracelets. Elle me montrait que même les cintres étaient en or.

Konya, à l’hôtel.
Quand j’ai voulu m’asseoir sur le lit, il a basculé : il manquait une roulette à un pied. J’en avise la direction. Le « directeur » qui n’est qu’un simple employé pose sa main sur la couverture de laine rêche, fait basculer le lit et dit « Yok problem » . Pas de problème ? J’agite le lit que se met à faire un bruit sourd. - Yok problem , est-il sûr ? Est-il aveugle ou ne s’est-il jamais couché dans un lit ? Je croise les bras sur la poitrine, afin de lui montrer que ma position est ferme et définitive.

Il quitte alors la chambre en boitant et revient avec une petite plaque de marbre récupérée dans le couloir. La glisse sous le pied bancal. Voilà « Yok problem ». Il rit très content de lui. Moi je lui dis que pour le lit bancal réparé de cette façon, cela fera baisser la chambre à dix millions. Lui ne rit plus du tout, m’explique en gesticulant qu’il a déjà fait un prix. Bon, je n’insiste pas ( j’ai moi aussi le doit de plaisanter, non ?). Mais le lit n’est toujours pas calé. Heureusement nous avons chacun une affreuse paire de savates de douche. Leur semelle est épaisse et souple, sale à souhait, elles se transformeront donc en excellentes cales.

Konya 3 octobre
Konya, ville des derviches tourneurs et du sage Mevlana dont le tombeau illumine de bleu ce petit matin frisquet. Paul et Zoé dessinent. Nous sommes dimanche et le bazar reste fermé, à part quelques échoppes qui déballent leur matériel sur le trottoir. L’air vif de Konya (nous sommes à 1600 mètres d’altitude) donne aux choses une couleur éclatante et lumineuse.

Dans la pénombre du café, boire un thé, puis un autre. Tenir avec deux doigts le verre brûlant, le plus près du fin liseré doré, comme si on allait le lâcher. Boire la première gorgée, sans sucre. Ensuite seulement laisser tomber un morceau. Tourner avec la petite cuillère en faisant teinter le verre. Le thé s’assombrit et prend un goût de miel. Dans ce café, chaises et tables sont installées selon les usages grecs, petite table rectangulaire en bois, chaises carrées tournées vers l’extérieur. Non loin d’un grand poêle rond, deux hommes sont assis et fument en silence : on se croirait en Crète, un matin d’avril venteux.

Konya, jardins.
C’est dimanche aujourd’hui et la ville est incroyablement calme. Ville étudiante, Konya la tranquille prend des allures de campus s’il l’on va sa balader sur la colline du centre historique sur laquelle trône une mosquée moderne fréquentée par quelques jeunes garçons. Lieu de rendez-vous des étudiants, il faut faire comme eux, s’asseoir sur la pelouse fraîche, passer le temps en grignotant des graines de tournesol.

Garçons en groupe, filles bras dessus bras dessous, jeunes couples, jeune homme solitaire, marchand de roses rouge, photographe en costume, une galerie de portrait défile devant mes yeux. Les garçons fument, souvent imités par les jeunes filles qui ont toutes un téléphone portable dans leur sac à main. Mais changeons de banc, l’ombre est trop fraîche. Ce qui est frappant ici, se trouver dans un parc verdoyant, sous les marronniers dont le feuillage commence à roussir et voir au loin, par delà les minarets des mosquées les montagnes désertiques, le sol pelé et aride du grand plateau anatolien.

Jardin (Nouvelle )

Le vieux s’était allongé sur la pelouse à la manière des orientaux, appuyé sur un coude, jambes repliées et cette position lui donnait un air royal et fier. Il la regardait par en dessous car la pente était raide. Il était plus bas qu’elle mais dans cette position, il la dominait.

Il alluma une cigarette qu’il glissa dans un porte cigarette. Chaque dimanche il venait dans ce parc pour occuper son ennui. Sa femme ne voulait plus quitter la maison et lui, il avait envie de voir de la chair fraîche.

Il regardait à présent les enfants de cette femme qu’il matait, une jolie petite fille aux cheveux longs et blonds et un jeune garçon en bermuda, blond lui aussi. Les gamins s’amusaient avec des marrons qu’ils pesaient sur une petite balance. De son temps, les marronniers n’existaient pas et la colline n’était qu’un terrain vague envahi par des chats à demi sauvages.

Il se leva. Resta un moment appuyé sur un genou, il devait avoir mal aux reins. Il regarda la jeune femme dans cette position, intensément, les lèvres serrées. Puis il se dressa, enfin. Il avait gardé les mains croisées derrière le dos, avec sa cigarette. La jeune femme l’observait à son tour, s’il restait dans cette position, il allait brûler sa veste...

Les étudiants tournaient eux aussi leur regard vers la fillette qui pesait ses marrons sur sa petite balance, ils avaient enfin quelque chose d’amusant à regarder. Le vieux passa devant la femme en ses dandinant, une main dans la poche. Sa veste était sale et déformée. Il ne la regarda pas. Mais elle sentit son regard torve encore posé sur elle quand bien même il eut disparu et que ne resta de son passage que l’odeur acre de sa cigarette.

Le vieux avait à peine disparu qu’un jeune homme s’assit à côté d’elle sur le banc. "Maintenant, c’est toi qui drague à l’autre bout du banc", pensait la jeune femme, étonnée d’attirer à ce point l’attention des hommes. "Entre nous combien ? 80 centimètres ?".

Le garçon regardait droit, il ne disait pas un mot. Il portait un pantalon noir et une ample chemise blanche. Elle lui donna 20 ans. Selon l’usage, elle attendait qu’il lui adresse le premier la parole. Mais il n’en fit rien. Pire, il alluma une cigarette. Elle referma son livre et s’en alla.

8 octobre
Retour à Gazi.
Depuis trois jours le temps a complètement changé. Du soleil nous sommes passés à la pluie et aux orages. Au réveil la mer (notre baromètre) est grise. Quand la pluie vient des montagnes, le temps est à l’orage : la mer reste calme, couleur ardoise, frémissante. Quand l’orage vient de la mer, c’est la tempête. Le vent souffle en bourrasques, la mer enfle et alors impossible de rester sur la terrasse du bungalow.

Tel un pont de navire, la véranda est balayée par des trombes d’eau qui rentrent à l’intérieur de notre « maison », fragile esquif. Sur le toit les gouttes semblent jeter des poignées d’aiguilles de pin, puis quand l’orage s’installe ce n’est plus qu’un flux continue d’eau qui ruisselle et s’insinue dans le moindre interstice. Les enfants ont rentré une petite table ronde à l’intérieur de leur chambre et travaillent face à face, assis sur leur lit. Ils ont l’air très contents de cette nouvelle installation, s’adaptant vite aux nouvelles conditions climatiques et matérielles. Une fois encore je mesure combien il est besoin de peu pour pouvoir vivre et être heureux. Entre deux averses, il n’y guère que les chiens qui osent mettrent le nez dehors.

Les « dames du matin », qui passent pour ramasser les poubelles puis pour faire les chambres ne se montrent pas. La plage reste résolument déserte et dans le port, seuls les chalutiers se risquent sur la mer. Sur le pont, on voit très bien les hommes dressés, tous habillés de noir, ils semblent plus proches, plus grands aussi. Le bel arc-en-ciel a disparu, une nouvelle averse se prépare.

Retentissant coup de tonnerre. Je crois que je vais éteindre mon ordinateur...

15 octobre
Premier jour du Ramadan.
Le beau temps est revenu, infaillible. Sur la place du centre ville de Gazi, une tente a été dressée « bienvenue aux amis, partageons ce ramadan » est-il écrit sur la banderole (enfin je devine). Mouchoir sur le nez, les serveurs nous font signe d’approcher, nous donnent un plateau, nous servent un repas végétarien constitué de riz, de haricots à la tomate, d’une soupe de riz et de yaourt. Le restaurant est plein, nous nous installons sous la tente. Ambiance de cantine, hommes serrés autour des tables, femmes groupées entre elles, enfants sur les genoux. C’est la rupture du jeune avec ce repas gratuit offert par la mairie, qui réconforte, juste avant d’aller à la mosquée.

Le reste des rues est vide, les magasins fermés. Ceux qui n’ont pas tiré les rideaux de fer mangent à l’intérieur de leur boutique, la nourriture a surgi brusquement, la table recouverte de papier journal semblait avoir été dressée depuis longtemps, les plats chauds. Ensuite, c’est la vie qui reprend, les magasins qui ouvrent à nouveau comme si une seconde journée commençait.

17 octobre
Je poste le deuxième envoi de devoirs du CNED, avec cette fois trois jours d’avance sur la date imposée. Par conséquent, j’annonce aux enfants qu’ils sont en vacances de... Toussaint avec une semaine d’avance. Toussaint à Gazi, c’est la mer et 35 degrés à midi, mais cela correspond aussi à notre départ que nous avons fixé à demain.

L’Internet café
C’est l’endroit le plus délabré de toutes les boutiques que nous connaissons à Gazi : les chaises et les fenêtres sont cassées, les PC démontés, une lumière blafarde tombe d’un néon rescapé. L’air y est irrespirable à cause de la fumée de cigarette et du manque d’aération, le décors ridicule avec des pots de roses artificielles criblées de gouttes de rosée et la nappe de la table d’entrée porte tant de trous de cigarettes que l’on se dit que l’effet doit être voulu ou bien qu’elle a cent ans. Quant au patron, c’est un gros ours mal léché que j’ai appelé Denis qui reste rivé sur son écran, hypnotisé par les photos de jeunes femmes proposées sur les sites de rencontres.

MAIS c’est notre internet café, celui où nous avons passé tant d’heures, envoyé et reçu nos premiers mails, réceptionné des bonnes et des mauvaises nouvelles. Denis a la bouille ronde et les cheveux raides, les yeux vert truité de sa mère qui, quand il se retrouve devant son écran deviennent jaune vitreux. A trente quatre ans, il n’a ni femme ni enfant. Le ventre proéminent, les jambes courtes, il fume trop et ses dents sont roussies de nicotine.

Il est comme une pièce de monnaie. Côté pile, il ne voit plus les gens, il est happé par son écran qui lui prend ses yeux et sa parole. Côté face, il peut être gentil et souriant, il vous apporte les couverts au restaurant de sa maman tandis qu’elle prépare des gözemle. C’est normal, il est débranché. On ne peut lui imaginer une autre vie que celle la, à Gazi, entre maman, les cigarettes et ses rendez-vous avec les filles souriantes d’internet.

L’Internet café se nomme "Deniz Internet Café" : le café de la mer (pas de la plage). Maman c’est encore loin l’Amérique ? Tais toi et nage...

18 octobre
Se lever une dernière fois la première ce matin et trouver le chien endormi sous la véranda. Nous sommes ici depuis si longtemps que ce chien, sans maître nous a adopté. Je l’ai pourtant de nombreuses fois chassé avec de l’eau (une idée que j’ai reprise à Pauline, la femme de Mustapha qui a sept chiens et pas d’enfant), mais il revient toujours. Il part, l’échine basse, soumis et triste. Et le matin, il est chez nous, roulé en boule, fidèle et silencieux.
Finalement, un chien sans maître n’est pas un chien.

Se lever la première en cette dernière fois, éviter de faire grincer la porte afin de ne pas réveiller la maisonnée. Chauffer un café turc, bien fort. La mousse sera épaisse et douce.

Se lever une première une dernière fois et regarder la mer, bleue. Un bleu sombre aux reflets violets car il est très tôt, le soleil vient à peine de se lever.

Froid. Ils ont froid, les pêcheurs qui rentrent, debout dans leur barque, emmitouflés dans leur anorak. Longue. Elle est longue l’ombre sur la pelouse. Ombre devenue mon cadran solaire puisque depuis un mois et demi je n’ai plus de montre. Nue, la plage. Pas un seul être humain, pas un oiseau. Même les haut-vent délavés ont été démontés. Ne restent plus que les plots de ciment, dressés dans le sable comme des tombes. Courte. Si courte cette dernière fois, puisque toute la maisonnée se lève à présent, poussée par la même idée, profiter une dernière fois de cette matinée à Gazi.

Nous voici tous les quatre assis, à regarder la mer. J’ai l’impression étrange que l’on ne reviendra plus à Gazipasa, que cet endroit restera un lieu mythique dans notre vie, symbole de jours heureux, car nous avons vécu ici un mois de bonheur véritable.

19 octobre
Je suis triste de quitter Gazipasa, parce que Gazi c’est devenu la maison.