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2005 : Journal de voyage au japon, départ vers les USA

dimanche 16 novembre 2008, par Sylvie Terrier

15 juin

C’est le jour de l’anniversaire de ma mère et aussi notre départ du Japon pour les États-Unis. La boucle commence à se refermer. Quand nous aurons traversé le Pacifique, nous serons presque arrivés chez nous. Cela signifie aussi que nous quittons l’Asie où nous avons vécu pendant presque 10 mois.

Sur le quai de la gare, les employés agitent la main en guise d’adieu, raides comme des piquets dans leur uniforme bleu marine, la casquette solidement enfoncée sur la tête. Ils restent impassibles, sans un sourire.
Le temps est gris, mais il ne pleut pas.

Le gris, la couleur du Japon. Mais pas n’importe quel gris. Un gris d’excellente qualité, raffiné, une neutralité scrupuleusement étudiée. Le gris des jardins de pierre, le gris des pierres des jardins, un gris qui se marie avec la nature puisqu’il en est issu.
Gris aussi les vêtements bien tissés, bien coupés. Grise l’architecture, gris les transports en communs, les gares, les aéroports. Le gris, la neutralité déclinée en mille nuances.

Mille manières de mettre l’émotion à distance.

13h30. L’avion décolle. Nous quittons le Japon. Je n’ai pas de regret, je suis même soulagée. Ces treize jours nous auront coûté une fortune, un soupçon d’agacement devant ces hommes et ces femmes si réservés, si protocolaires. Il faudrait rester longtemps au Japon pour apprendre à connaître les codes, pour ne plus être gênés par les conventions, pour pouvoir filer droit. Filer droit ? L’expression est impropre, disons plutôt pour savoir cheminer dans les méandres de la culture japonaise.

5 juin toujours
Plus de 9000 kilomètres nous séparent de San Francisco.
Nous sommes toujours dans l’avion. Bruno est déjà sous sa couverture, il impose à tout le monde sa méthode « anti red eyes ». C’est à dire, pas boire, pas manger, pas regarder. Dormir dès le départ et ne pas relever le nez avant l’arrivée.

Si ça l’amuse...
Moi, je regarde les tâches de lumière qui glissent sur la cabine comme des gouttes de rosée sur une feuille.
Soleil radieux ici, là haut.
En bas, la terre se prépare à dormir, sous les nuages et la lumière qui décline.
Nous volons vers l’est et par la même vers le soleil. Nous allons gagner un jour, neuf heures exactement. Nous n’allons pas vieillir de neuf heures.
Séoul, Saporro, Tokyo, mer des Philippines : bye bye Asia.

Je regrette de quitter l’Asie.

Je ne pense pas à l’Europe. A vrai dire je n’ai pas envie de rentrer et cependant, je n’ai pas hâte de retrouver les États-Unis. Il va falloir réfléchir. Peut être vais-je rentrer avec les enfants, peut être vais-je rester seule avec Bruno pendant les mois d’été et nous irons au Mexique. Peut-être serons nous refoulés à la frontière américaine parce que nous n’avons qu’un billet aller

N’y pensons pas.

Profitons de ce vol unique au-dessus du Pacifique. Un tiers de la planète parcourue en quelques heures. Petite terre ?

Sur la carte que projettent les écrans de télévision, un grand trou noir se creuse entre les continents asiatique et américain : les abysses ? Non, l’ombre du jour, l’inverse de la lumière, la nuit. Un noir épais, presque bleuté.

Bruno m’interpelle :
— Qu’est-ce que tu fous, tu ne dors pas ? Tu nous empêche de dormir !
C’est grisant de se trouver là, au-dessus des nuages, de se balader dans l’espace, dans ce jour qui ne finit pas de naître. Non, pas envie de dormir.

Pas envie de suivre le plan Bruno. Enfin si mais plus tard.
Pas envie d’être raisonnable dans un moment comme celui là. Et aussi, envie de profiter de cet instant de solitude. Instant privilégié dans le monde clos de l’habitacle, proche du tout parce que si près du rien.