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2005 : Journal de voyage au Japon, Nagoya

dimanche 16 novembre 2008, par Sylvie Terrier

Nagoya, le 4 juin

C’est la claque à l’arrivée. La nuit est tombée et il pleut toujours.
Nous n’avons pas réservé d’hôtel et c’est la foire universelle à Nagoya, tous les établissements sont pris d’assaut et réservés depuis des semaines.

Au bout de plusieurs heures de recherche et grâce l’aide de Monsieur Nikoto, rencontré au pied d’un centre commercial, nous trouvons une petite chambre pour trois dans laquelle nous nous entassons à quatre. Le prix est exorbitant : 17500 yen (175 euros) la nuit, avec sortie obligatoire avant 10 heures du matin !
On a faim. Quatre soupes et une petite bouteille de saké nous coûtent 4000 yen, 40 euros.

5 juin
Grande ville que Nagoya : 4 millions d’habitants. Nous avons changé d’hôtel mais nous restons dans le même quartier près de la gare. Monde de la nuit. Bars, clubs vidéo, salles de jeux, collection de filles à regarder et qui vous regardent sur les photos la main devant la bouche. Filles formatées à moins de 1m55, dit la publicité. Pour quoi faire ? On ne sait pas.

Ambiance étrange où se côtoie une population très codifiée. Hommes d’affaires en costume noir, chemise blanche et cravate claire ; collégiennes en jupe plissée bleu marine et épaisse chaussette de laine blanche en accordéon, maquillées, aguicheuses, la jupe outrageusement courte ; jeunes garçons hirsutes à l’allure dégingandée, en situation de rupture affichée.

Le plus choquant pour moi restent les écolières en minijupe et maquillées. Ainsi vêtues, elles ressemblent aux écolières des mangas pornographiques. Finalement, sont-elles vraiment étudiantes ? Je me pose souvent la question Quand je les regarde, certaines me semblent plutôt avoir l’âge de jeunes femmes, ayant depuis longtemps dépassé le temps du collège. Alors le vêtement, un maquillage lui aussi ? Et ce mélange de juvénilité et d’érotisme, une attitude équivoque ? Je n’arrive pas à croire qu’elles sont innocentes.

Ce qui est agaçant au Japon c’est qu’il faut tout prévoir à l’avance. L’hôtel par exemple. Avec la tête que vous avez, avec vos enfants ou pas, en fonction des consignes données au réceptionniste, on vous répondra que l’hôtel est plein alors que de toute évidence il y a encore de la place.

Au bout de quelques jours je comprends cela : les Japonais sont si anxieux de ne pas avoir une chambre quand ils se déplacent qu’ils préfèrent en réserver plusieurs, de nombreuses semaines en avance. La conséquence est qu’ils saturent le réseau et bloquent pour les autres tout espoir d’opportunité.

7 juin
Tout est tellement cher au Japon que je suis paralysée dans mes actions. Même pas envie d’aller visiter l’Alliance française, pas envie de sortir de l’univers clos et rassurant de la chambre. Les enfants travaillent sur leur CNED et moi ? Je ne fais pas grand chose. Cela a pour effet de mettre Bruno furieux : tout cet argent dépensé pour rester dans une chambre d’hôtel il est dégoûté. Dans le fond il a raison.
Alors nous nous prenons par la main et commençons à visiter Nagoya, la forteresse, le théâtre Nô, les temples. Le temple bouddhiste Osu Kannon rouge cramoisi et celui-ci encore, superbe : le temple shintoiste de Atsuta Jingu perdu dans sa verdure. Paul réussit un magnifique dessin. Si réaliste que les moines du temple lui demandent l’autorisation de faire une photocopie...

9 juin
Petit déjeuner à l’hôtel.

Je m’assois à l’une des tables rectangulaires de l’espace réservé au petit déjeuner et tourne la tête vers elle.
Le visage poudré de blanc, un rouge à lèvres excessivement rouge, une verrue nichée au coin du nez, elle a les traits tombants et mous, les cheveux teints en roux. Sa bouche en forme de bec de poisson ne forme qu’une seule chair avec sa gorge.

Elle allume une cigarette, les yeux fixés sur un quart de chou qu’elle hache finement. Elle doit être un peu dure d’oreille car je l’appelle plusieurs fois sans succès. Elle me donne ainsi l’occasion de la détailler d’avantage. Elle porte un pantalon noir, ample et souple ainsi qu’un chemisier noir à pois blancs. Un grand tablier noir également et sans manches l’enveloppe entièrement. Elle parait toute menue et je me dis qu’elle doit avoir dépassé l’âge de la retraite depuis longtemps...

Je l’appelle encore une fois. Elle lève la tête, enfin.
Se confond d’excuses. Sorry sorry !
Je me lève et lui donne mon ticket rose, avec cela je gagne l’autorisation d’être servie.