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2005 : Journal de voyage au Japon, Osaka

Journal de voyage 9

dimanche 28 septembre 2008, par Sylvie Terrier

2 juin

Osaka. Nous arrivons au Japon ce 2 juin 2005. Lorsque l’avion touche le sol, je pense « ça y est 20 années de rêve deviennent réalité ». Oui, cela fait même plus longtemps, j’étais encore étudiante à Strasbourg, j’apprenais le japonais chaque jeudi près midi, je dévorais Mishima, j’étais amoureuse d’un japonais qui étudiait l’art et cherchait l’absolu à travers la justesse d’un trait, médité pendant des heures.
Le Japon d’aujourd’hui ressemble-t-il à celui dont j’ai tant rêvé ?

Il pleut.
Je vois du gris encore du gris. Du beau gris neutre, propre.
Nos bagages sont mouillés et puent le poisson. L’aéroport est vide et impersonnel. Le sol en marbre gris, laqué.

Nous prenons le train pour Nagoya. Bruno doit rencontrer un revendeur demain.
Osaka est une ville immense, des maisons individuelles, très petites, qui paraissent toutes simples.
— Ca fait pas riche, dit Paul.
Tout semble minuscule, les arbres à l’entrée des maisons, les jardins potagers, les champs de riz entre les habitations.

Tout bon asiatique au bout d’un moment enlève ses chaussures. Dans le train les passagers se détendent et s’assoupissent, les chaussures glissent de leurs pieds.
La campagne défile à présent, nous avons quitté la ville et sa banlieue.

Le paysage ressemble à celui de la Corée, vert et humide, planté de pins coniques aux troncs maigres, de brassées de bambous géants à la cime roussie. De temps en temps un temple et des maisons en bois sombre au toit de tuiles grises, lignes brisées dans cette nature ronde et opulente.
Et toujours les champs de riz, les petits jardins. Je pense à nouveau à la Corée, comme ces deux pays se ressemblent ...

L’écolière en chaussettes blanches
Passe sur la route mouillée
Un parapluie sur l’épaule.


La fumée de la cheminée
Blanche
Voie lactée


Les Japonais lisent dans le train des petits livres au format de poche recouverts d’une jaquette unie. Est-ce pour protéger le livre ou pour préserver leur intimité de lecteur ? Mon voisin par contre sort un gros livre à la couverture épaisse. Le titre est en anglais," La psychologie du millionnaire, pour une vie heureuse". Mais le livre n’a pas l’air passionnant ou bien le jeune homme est fatigué. Il croise ses bras sur sa poitrine et en quelques secondes s’endort, comme un oiseau, la tête cachée sous son aisselle.

Même si elles se ressemblent, les maisons japonaises ont du style. L’œil s’accroche à leurs aspérités, cherche à comprendre la ligne brisée d’un angle, le carré d’une tour, l’enchevêtrement complexe des persiennes. C’est le règne du miniature dans l’opulence de la nature. Tout l’inverse de la Chine, uniforme et sans couleur où le regard s’abîme parce que rien ne l’attire, rien ne le retient. Je comprends aussi pourquoi les poètes japonais célèbrent tant la beauté de la nature et entreprennent si souvent des voyages en ermitage. Ils partent à pieds vers la montagne, la marche est salvatrice et spirituelle, ils peuvent ainsi s’approcher au plus près des éléments, les absorber, les restituer avec leurs mots. Le shintoïsme prend sa racine en ces lieux.

J’ai soudain envie, moi aussi de me trouver un ermitage et de m’isoler, là haut sur la montagne, dans une petite auberge, dans la solitude d’une chambre dénudée. Envie d’écrire, même si j’écris mal. Même si c’est difficile. Envie d’écouter des voix, de créer des formes, des mots, guidée par les fantômes. Envie aussi de relire « Oreiller d’herbe », de Soseki Natsume

Terre noire
Plants de thé
Esthétique du jardin


Pas de linge suspendu aux fenêtres, trop d’humidité ? Ou bien montrer son linge est-jugé trop intime ? Indécence du corps exhibé ?

Encore et toujours des petits champs de riz... Même à la campagne ils restent minuscules, en forme de langue de chat. Petits jardins, petits pots de fleurs, petits terrains, petits prés, parce qu’au Japon, on manque de place. Et aussi d’enfants.

La petite fille et son grand-père
A l’ombre du temple
Hai ! Agite sa menotte


Ils viennent s’asseoir sur les bancs
Les vieux
De plus en plus nombreux
Rassis, visage desséché
Ils portent sur leurs épaules courbées
Un Japon suranné
Se laissent aller parfois
A l’art du dessin
Grand-peintres du dimanche

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